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16 RELATION DE L'EXPÉDITION

collègue M. Golfier, et.M. Moreau, secrétaire de l’anural, que son adresse extraordinaire pour le ür du fusil rend un homme précieux dans toute circonstance de guerre. Notre colonne se divisa en deux pelotons, dont l’un fut dirigé par l'amiral, qui avait le Prince à ses côtés, et l'autre par M. le capitaine de vaisseau Laîné. Le premier devait reconnaître la batterie de San-Miouel à l'est; le second , celle de funcon à l’ouest. Nous nous avancions silencieusement et au pas, écoutant avec attention les moindres bruits, et jalonnänt des hommes de distance en distance Pour reconnaître notre route au retour. Nous ne tardâmes point à

distinguer les édifices du fort et à entendre le tin -

tement des cloches, le cri de veille des sentinelles ; alerta! Bientôt nous pümes les découvrir elles- mêmes, car nous étions sous la volée des pièces , et nous marchions toujours. M: le chef*de bataillon Mengin , qui s'était avancé de quelques pas, était au moment de toucher le parapet du fort lorsque l'amiral , suffisamment renseigné,sur la possibilité de faire descendre plusieurs compagnies sur le plateau , envoya MM. Doret et Desfossés lui dire de rallier. Au même instant, un Chien se mit À aboyer avec force, et M. Desfossés, revenant vers nous avec ces deux messieurs, nous dit : Nous

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PARIS. IMPRIMERIE DE CCSSON rue Saint-Ge:main-dés-Prés, n°9 :

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OUVRAGE COMPRENANT DES RECHERCHES SUR LES CARACTÈRES ; LA CLASSIFICATION , L'INFLUENCE PHYSIOLOGIQUE ET PATHOLOGIQUE » LES RAPPORTS GÉNÉRAUX, LES LOIS ET LES CAUSES

| | DES MONSTRUOSITÉS,

SET | DES VARIÉTÉS ET DES VICES DE CONFORMATION, TRAITÉ DE TÉRATOLOGIE, © Par M. Iswonx GEOFFROY SAINT-HILAIRE,

Membre de l’Institut (Académie des Sciences) et de la Légion-d'Honreur, docteur en médecine, aide-naturaliste et professeur suppléant de zoologie au Muséum royal d'histoire naturelle, membre de la Société des Sciences naturelles et de la Société géologique de Paris, des Sociétés royales des sciences de Lille et d'Arras, du Mnséum d’histoire natnrelle de Douai, de la Société des Naturalistes de Halle, de la Société licale de Suède, de l’Académie de Médecine et de la Société d'histoire naturelle d'Athènes, etc.

TOME TROISIÈME. à AVEC ATLAS.

{ Li à e. PARIS. LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, RUE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE, 19 bis, ;

LONDRES, MÊME MAISON, 219; REGENT-STREET- BRUXELLES, AU DÉPÔT DE LA LIBRAIRIE MÉDICALE FRANÇAISE+ $ 1836.

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"TROISIÈME PARTIE. |

LIVRE SECOND. DES MONSTRES COMPOSÉS. ; meurs SR ;

En Dis à en revue Ja longue série des Héiitéries, des rs. des hermaphrodismes et des monstruosités unitaires , NOUS AVODS enfin épuisé le cercle des anomalies A qui peuvent affecter un individu considéré isolément, de- puis celles qui atteignent, et, pour ainsi dire , ne font qu’ef- fleurer la superficie de l'être, jusqu’à celles qui affectent profondément tous les apbareïls, et dont une analyse ap=. . profondie peut seule démêlerles inextricables complications. Nous arrivons maintenant à une autre série non moins vaste, non moins remarquable par la variété proie indéfinie de

ses modifications, celle des monstres composés ; c’est-à-dire, I 3 |

CE. PARTIE Il. es

suivant la définition donnée plus haut (1), des monstres dans lesquels on trouve réunis les élémens ; soitcomplets , Soil in- complets , de deux ou de plusieurs sujets,

Cette classe de monstruosités , caractérisée par des modi- fications aussi tranchées qu'elles sont remarquables, devait êtré; et est en effet, l’un des groupes tératolosiques les plus généralement admis et les mieux déterminés par les au- teurs. Il n’est même aucun système un peu complet de té- ratologie dans lequel les monstres composés ne forment une classe ou au moins un ordre distinct, et n’aient une dénomination spéciale; et c’est ainsi que nous les voyons appelés tour à tour.monséres par excès, monstres doubles et triples, diplogénèses (2), monstres bijumeaux et triju- meaux (3), etc.

La classe des monstres composés n’était donc point à éta- blir, comme celle des monstres unitaires ; mais il restait à déterminer rigouretsèment ses limites, à revoir les déno- minations et les principales définitions proposées pour elle jusqu'à ce jour, à éh apprécier la justesse l’inexactitude, à fixer le rang qui appartient à ce groupe dans la classifica- tion générale, à établir des subdivisions ordinales, sub-or- dinales et génériques , conformes aux principes de la mé- thodéñäturelle; enfin, et c'était à la fois la question la plus neuve ét plus difficile, à créer pourstoutes ces subdivi- sions une nomenclature rationnelle. Dès le début de mes études tératologiques , il m’a semblé que la solution de ces

(1) Poyez tome IT, p. 179 et suiv.

(2) Foyez, dans la prémière partie de cet ouvrage, l’analÿse des di- .verses classifications tératologiques proposées par les auteurs, t. 1, p. 80 etsuiv. |

(3). Monstra trigemina et bigemina ( Drillings-und-Zwillings-Misseebur= ten ). Voyez GuRxr, Lehrb. der path. Anat, der Haus-Sæugeth., part, II, p, 198. Berlin, in-8, 1832,

MONSTRES COMPOSÉS, + à

diverses questions pouvait seule fournir les bases d’une his-

toire vraiment scientifique des monstres composés ; et je me suis dès-lors livré à une série de recherches dont les ré- sultats, publiés en partie il y a quelques années (1), ont déjà été, comme on le verra; admis et même confirmés par quelques savans distingués. Les chapitres qui vont suivre offriront le développement de ces résultats et leur application au détail des faits : mais leur résumé doit nécessairement servir d'introduction à ce second livre ; et je vais le présenter dans six paragraphes consacrés à l’exa-

men plus moins rapide des questions que je viens de

SECTION PREMIÈRE, DES LIMITES DE LA CLASSE DES MONSTRES cowrosés,

“Les monstres composés sont séparés des monstres uni- taires par des caractères trop nets €t trop tranchés, pour qué Ja délimitation de ces deux classes, comparées entre

moment le quatrième embranchement tératologique se trouve circonscrit dans des limites précises ; du moment la comparaison se trouve renfermée dans le cercle des êtres véritablement monstreux , elle devient très-simple, et

fournit immédiatement un résultat net et certain: car il est généralement facile de reconnaître si un monstre offre en

lui les élémens, soit complets, soit incomplets, d’un , de

(x) Foyez ma thèse inaugurale intitulée Propositions sur la monstruo- x considérée chez l'homme et les animau® , Paris, août 1829 ( Thèse

185 À p. >t et suiv.; et mon mémoire Sur la nécessité et les moyens de créer Pour les monstres une nomenclature rationnelle et méthodique, dans les —— des Sciences naturelles, t. A Fab 326, jgiller 1830,

elles, puisse donner lieu à des difficultés réelles. En effet, du

À PARTIE IL, deux, de trois , de plusieurs sujets ; en d’autres termes, s’il est unitaire, double, triple, composé G).

Si les auteurs ont laissé pour la plupart sans une défini- tion rigoureuse la classe des monstres composés ou, sui- vant la nomenclature ordinaire, des Monstres par excès ; si surtout ils ont presque tous renoncé, comme on l’a vu (2), à tracer avec précision les limites qui la séparent des autres groupes tératologiques ,‘ils se sont arrêtés devant des obsta- cles tout autres que la difliculté de distinguer les monstres composés, par rapport aux autres monstres. Ges obstacles sont, d'une part, lesens vague, indéterminé, étendu au-dcla de toute mesure, que l’on a donné jusqu’à présent au mot mon- struosité, devenu à tort synonyme du mot anomalie: de l’au- tre, et par suite, la déplorable confusion qui s’est établie entre ces deux expressions, monstruosité par excès, et anomalie par êxcès, De ces nombreuses et si vicieuses classifications dans lesquelles l'hermaphrodisme avec excès, l'augmentation du nombre des doigts, des côtes, des vertèbres, des dents même, la duplicité de la matrice, la multiplicité des mamelles , toutesles anomalies simples par augmentation de nombre, ont été liées intimement et presque assimilées à l’union vraiment monstrueuse de deux individus : de ces rap- prochemens éminemment contraires à l’ordre naturel, mais presque consacrés par l'usage , ces affinités complétement fausses, mais généralement admises entre des anomalies si différentes, non seulement par leur degré de gravité,

(x) Les seuls monstres composés dont la détermination puisse don- ner lieu à des difficultés réelles, sont les monstres par inclusion: groupe dont les conditions toutes spéciales séront examinées et discutées avec soin dans l’un des chapitres suivans. |

(2) Foyez dans le tome T, le chap. V de la première partie, p. 80, et jes remarques générales qui précèdent l'histoire des anomalies de : nombre, p. 620 el Suiv,

MONSTRES COMPOSÉS. À 5 mais aussi, dans la presque totalité des cas, par leur nature même et par tous leurs caractères essentiels. C'est cetie réunion dés véritables monstruosités compo- sées avec les hermaphrodismes par excès et les hémité- ries numériques , toujours confondus tous ensemble sous le - nom de monstruosités par excès ; c’est cette association d’a- nomalies si diverses qui a surtout contribué à priver Ja science d’une classification exacte et naturelle des monstres composés : c’est elle par conséquent qu’il importe le plus d'attaquer et de détruire. Or cette réforme nécessaire, je l'ai tentée à l’avance et depuis long-iemps, en consacrant , dans sa presque totalité, la première partie de cet ouvrage à la discussion des caractères essentiels et distinctifs des vé- : ritables monstruosités comparées aux hémitéries ; aux hé- térotaxies et aux hermaphrodismes ; à l'établissement, pour ces divers groupes, de définitions précises ; enfin à la circonscription de chacun des quatre embranchemens té- ratologiques dans des limites rigoureusement tracées. C'est en m’appuyant sur ces bases d'abord établies, en dédui- sant toutes les conséquences que pouvaient fournir les Luz cipes posés au commencement de cet ouvrage, que j’aipu ensuite aborder d’un pas mieux assuré histoire des divers groupes tératologiques , suivre, par exemple, la série des hémitéries par augmentation numérique, puis celle des her- _maphrodismes par excès, déterminer exactement les carac- É tères de l’une et de l’autre, dégager ainsi successivement le | groupe des monstruosités composées de toutes les anoma-- lies si souvent confondues avec elles, et, par conséquent , préparer par la solution préliminaire de toutes les difficul- 7 tés , la détermination exacte de la classe des monstres com : posés. La définition que j'ai adoptée est l'expression plus con- cise des résultats auxquels je snis ainsi parvenu, et je crois

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6 PARTIE I.

pouvoir affirmer qu'elle suffit pleinement à tracer entre ces divers groupes des limites précises, surtout COMparée aux définitions que j’ai données plus haut des hermaphrodismes avec excès ct des hémitéries par augmentation numérique, Sans insister ici sur les hermaphrodismes , distingués si net- tement par les modifications toutes spéciales qui les ca- ractérisent, je me bornerai à CoOMparer succinctement; et sous un point de vue général , un véritable monstre com- posé, et un être affecté d’une simple hémitérie mentation dans le nombre des organes.

Les anomalies qui distinguent l’un et l’autre présentent en premier lieu une différence importante dans leur degré -de gravilé et d'influence. Chez le premier, aux parties qui composent un individu , se trouvent toujours ajoutés pour le moins un ou plusieurs appareils entiers et complexes ; par exémple , dans les cas les plus simples , un membre ou une tête plus ou moins complète. Chez le second, c'est une seule partie, ou tout au plus quelques organes isolés et sans importance, par exemple, dans les cas les plus anomaux, quelques doigts , qui s'ajoutent , ou paraissent s'ajouter, à lun des appareils normaux. Cette première différence, ne t-elle, comme elle semble l’être au premier aspect , qu'une différence du plus au moins, aurait déjà une -importance véelle ; car l’addition d’un appareil entier est nécessairement une anomalie grave, exerçant une influence plus ou moins générale sur l'organisation , et il en est tout autrement de la simple présence d'un organe surnuméraire , anomakie-sans gravité, hémitérie dont Yinfluence ne s’étend pas aa-delà de l'appareil qui la présente (1).

Mais ne s’arrêtent Pas les différences de l’hémitérie par

par aug-

(x) Voyez, dans la première partie de cet ouvrage, t. I, p. 53 et suiv., le chapitre intitulé: De la détermination des anomalie Principalement sous le rapport de leur degré de gravité.

$ considérées

MONSTRES COMPOSÉS. LE en | augmentation numérique et de la véritable -monstruosité composée. Il en est d’autres beaucoup plusimportantes etre- latives à l'essence même des déviations qui caractérisent l'une et l’autre. En faisant l’histoire des hémitéries par augmen- tation numérique, ou,comme disent les auteurs, par excès, j'aidémontré que ces anomalies, malgré les liens nom- breux qui les unissent et en forment un groupe au moins en apparence très-naturel , se rapportent dans la réalité. à trois genres anatomiques très-différens , savoir.: la scission d'un organe en deux ou plusieurs portions ; l’aceroissement considérable et le développement de parties qui, dans l'é- tat normal sont de simples rudimens;.enfin la production d’un ou plusieurs organes véritablement surnuméraires , mais presque toujours, pour ce dernier cas, d'organes très peu importans , ayant le plus souvent dans le type normal de très-nombreux homologues , et venant alors se surajou- ter plus ou moins régulièrement à la série que forment + ceux-ci, ou s’y intercaler, sans autre cflet que d'augmen- | ter d’une unité le nombre de ces élémens (1). Rien de tout <4 cela dans les monstruosités composées. Dans les plus sim- &

| ples même de celles-ci, le nombre des appareils (car il ne s’agit plus ici seulement des organes) se trouve augmenté, non par une scission, non par le simple accroissement de parties ordinairement rudimentaires, maistoujours par l’exis- tence de parties vraiment surajoutées à celles quicomposent normalement un individu. En outre , elles ne rentrent ja-

mais dans l’une des séries normales, ne prennent même ja-.

| mais rang parmi les appareils du sujet qui les présente sur-

1 numérairement , et ont toujours à l'égard de ceux-ci, quoi-

(x) Voyez, t. I, p. 57 et suiv., l'indication , et p. 648 et suive, le déve loppement de mes idées sur la valeur des organes à nombreux ho®°" logues disposés en série.

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g PARTIE I qu'intimement unis avec eux au point de jonction, une existence propre et distincie.

Ainsi dans les cas d’hémitérie par augmentation numéri- que ; Ja partie surnuméraire , toujours d’une très-faible im- portance, est intimement fondue dans l’organisation du sujet qui la présente; elle entre comme élément dans la | composition de lun de ses appareils; elle ne se distingue en rien des parties normales, ou n’en diffère que par sa conformation quelquefois imparfaite : en un mot, malgré la présence de quelques élémens de plus, un sujet affecté d’une telle hémitérie est, à tous égards , un seul et unique individu. Au contraire, dans les cas même les plus simples de mons- truosité composée, la partie surnuméraire, très-complexe , très-importante, n’est réellement point fondue dans l’orga- nisation du sujet qui la présente; elle conserve une spé- cialité d'existence, une individualité très-marquée , et cela tout à la fois sous les rapports anatomique et physiologique; elle représente par conséquent, non une simple partie de l'individu principal, mais un individu. distinct, bien que très-mcomplet.

Tels sont les caractères qui distinguent essentiellement les véritables monstruosités de la seconde classe, des sim- ples hémitéries par augmentation numérique, si souvent confondues avec elles. On peut voir dès à présent qu’ils re- posent sur des différences également importantes sous le point de vue anatomique et sous le point de vue physiolo- gique; et c’est ce que la suite de ce livre rendra de plus en plus manifeste, en établissant le fait général suivant : .

Tout monstre composé peut être regardé comme formé par la réunion de deux ou plusieurs sujets; égaux ou iné- gaux en développement.

MONSTRES COMPOSÉS: 9

SECTION Il.

DES DÉFINITIONS ET DES DÉNOMINATIONS PROPOSÉES POUR LES MONSTRES COMPOSÉS.

Les monstres composés ont été considérés par les au, teurs sous des rapports très-différens , et de les dénomi- nations variées qu’ils ont reçues à diverses époques de la

- science. On a vu, en effet, qu’ils ont été appelés successive- ment monstres par excès, monsires doubles et triples , di- plogénèses , enfin monstres bijumeaux et trijumeaux : noms

auxquels correspondent presque autant de définitions pui- sées dans des considérations d’un ordre différent.

Ainsi le premier de ces noms et le plus généralement usité, monstres par excès , et la définition qui lui correspond dans la plupart des ouvrages ilest admis, monstres ayant des parties surnuméraires , sont puisés dans cette idée théo- rique que l’organisation d’un individu normal est le type au- quel doivent être rapportées toutes les organisations ano- males. Cette idée est sans nul doute applicable à tous les monstres unitaires ; mais rien ne prouve qu’elle doive être étendue aux monstres doubles et triples. Loin delà, on verra par la suite que ceux-ci résultent généralement de l'union de deux ou plusieurs individus incomplets, et par conséquent sont bien plutôt des monstres par défaut, à l'égard de leur véritable type représenté non par un, mais par deux trois individus normaux. Il suflirait d’ailleurs que ces rap- ports pussent être réels, et leur réalité possible n’est pas dou- teuse, même avant tout examen , pour établir l’inexactitude d’une dénomination et d’une définition qui renferment en

_ ellestoute une théorie contraire. Ajoutons, quoique cette re; Marque soit d’une bien moindre importance, que ce mot 67 __cès, employé tantôt dans le sens général d’excés de déveleppe-

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ment, tantôt dans le sens spécial d’excès de nombre ou d’excès de volume, est devenue une expression ambiguë dont l’em- ploi, sans l'addition d’un terme clair et précis qui en dé- termine la valeur, prêterait à de nombreuses équivoques , et pourrait compliquer de graves difficultés terminologiques une question si difficile par elle-même,

- Le mot diplogénéses, qui ne renferme en lui que l'expression et non l'explication théorique des anomalies qui caratéri- sent les monstres doubles, est, considéré en lui-même, à l’a- bri de toute objection : mais il n’y a aucun motif pour le préférer au mot monstres doubles, qui a exactement la même valeur, et que l’usage a consacré. Les noms de monstres trijumeaux et bijumeaux ; récemment proposés par Gurlt, doivent être rejetés par la même raison , et en outre parce que l’adoption de ces mots, usités chaque jour dans une ac- ception différente, ne pourrait manquer de donner lieu à des erreurs de plus d’un genre.

Les noms anciennement admis de monstres doubles et monsires triples, ne peuvent, au contraire, donner lieu à aucune difficulté : ils ont un sens bien déterminé et précis; ils expriment le fait sans l’expliquer : enfin ils sont emprun- tés au langage vulgaire, et immédiatement intelligibles pour tous ; avantage précieux dans toute nomenclature ; et sur- tout dans celle des monstruosités , que la nécessité d’expri- mer des conditions nouvelles et complexes d’organisation nous force à hérisser de tant de mots nouveaux et obscurs. Le nom général sous lequel je comprends les monstres dou: bles et triples, le mot monstres composés, offre presque tous les mêmes avantages, en même temps qu'il exprime l’ana- logie qui existe entre les monstres de la seconde classe:et les animaux multiples, depuis long-temps et universelle- ment connus sous le nom d’animaux composés.

De l'adoption de cette nomenclature résultait la nécessité

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MONSTRES COMPOSÉS. e 11 d’une définition nouvelle. 11 importait de renfermer seule- ment en elle l'expression générale des caractères des monstres composés , considérés indépendamment de toute explication théorique ; et c’est pourquoi j'ai cru devoir les définir, non des monstres formés par la réunion de deux ou plusieurs individus (définition qui d’ailleurs n’expri- merait qu’une idée vraie) , mais seulement des monstres chez lesquels on trouve réunis les élémens, soit complets , soit incomplets , de deux ou de plusieurs sujets.

SECTION HIT.

-DÜ RANG DES MONSTRES COMPOSÉS DANS LA CLASSIFICATION GÉNÉRALE.

Les monstres composés doivent-ils être considérés-camme plus anomaux que les monstres unitaires, en d’autres ter- mes, comme éloignés du type régulier par des déviations -plus complexes et surtout plus graves ? Les tératologues ont en général résolu cette question d’une manière aflirmative , et ilest facile de voir qu’ils ne pouvaient en donner une au- ire solution. Cette idée systématique , que toutes les ano- malies dérivent d’un mêmetype., le type d’un seul individu normal, n’a jamais éié ni soumise à une discussion sé- rieuse, ni, à plus forte raison, démontrée ; peut-être même n'est-elle. exprimée formellement dans aucun ouvrage: mais, adoptée d’abord par les partisans de l'hypothèse de la monstruosiié originelle , elle a fini par être admise aussi, au moins d’une manière implicite, par leurs adver- «saires comme une sorte d’axiome. Or, suivant cette idée, la duplication complète ou presque complète de l'être» °& bien encore la répétition de quelques unes ses. Parties, sont, de toutes les déviations possibles, les plus 8ra-

PT LOL UT II

12 PARTIE III. Se

ves aussi bien que les plus inexplicables, puisque tont ce: qui dépasse l'unité normale individuelle , est en excès par rapport au type régulier. De l'ordre suivi presque géné- ralement dans les classifications iératologiques l’on irouve placés en première ligne, et comme le groupe le moins anomal, les monstres dits per simple renversement ou par fausse position des parties ; en seconde ligne , les mons- tres par défaut ; enfin, au troisième rang, et comme le dernier terme de la monstruosité , les monstres par excès. Ceux-ci à leur tour sont classés conformément au même principe ; les monstres qui ne sont doubles que dans une seule région. précèdent les monstres semi-doubles, après lesquels vien- nent les êtres complétement doubles, puis les monstres tri- ples qui terminent la série,

Gomme font ordinairement les tératologues, je place aussi les monstres composés après les monstres unitaires, mais par des motifs d’un autre ordre. Ainsi qu’on l’a vu, je considère comme le type normal à l'égard des monstres doubles et triples, et par conséquent comme le type au- quel il faut les comparer pour en apprécier les anomalies non pas un seul et unique individu normal , mais bien deux et trois individus normaux. Or voici quelles sont les deux . Conséquences immédiates de ce principe fondamental.

Prises dans leur ensemble , la série des monstres doubles et celle des monstres triples ne sont réellement pas plus anomales que la série des monstres unitaires ; et, si elles ont paru telles, c’est parce qu'on les a jugées par rapport à un type qui appartient en propre aux unitaires.

Les genres les moins anomaux sont précisément ceux qui offrent l’organisation la plus complexe, ceux qui sont le plus complétement doubles ou triples : et réciproquement.

Les notions les plus élémentaires sur les monstres com- posés suffisent pour démontrer à leur égard ces deux pro-

z£:

MONSTRES COMPOSÉS. 15 positions. Tout le monde sait que le type normal des mons- tres doubles , représenté par deux individus , se trouve Te- produit presque entièrement dans certains êtres COMposés de deux individus complets , accolés sur un point, mais d’ailleurs bien conformés et viables. Or qui pourrait au- jourd’hui regarder ces monstres doubles , comme des indi- vidus unitaires chez lesquels un second corps , une seconde 4 tête, deux nouvelles paires de membres se sont produits | . surnumérairement ? Et comment, si l’on n’admet pas cette absurde explication, regarder de tels êtres et tous les autres genres en grande partie doubles , comme placés à une grande distance de leur type normal? Comment se refuser à leur assigner, dans une classification naturelle, ou même dans un système quelque peurationnel, un rang supérieur à celui non seulement de tous les monstres unitaires du se- cond et du troisième ordre , mais même de la presque tota- _ lité de ceux du premier ? | | Il n’est pas besoin de développer davantage ces considé- rations très-simples et fondées sur des faits généralement 5 > connus, pour reconnaître que l’ensemble des monstres com- DE |: posés n’est réellement ni plus ni moins anomal que l’ensem- ble des monstres unitaires. Mais ce n’est qu’an apercu général très-vague , très-insuflisant ; et qui ne saurait nous ; fournir que quelques conséquences vagues comme lui sur les | rapports des monstres composés et des monstres unitaires, Essayons donc de les exprimer d’une manière plus précise. Tout monstre double, et il sera facile d'étendre ‘ces remarques aux monstres plus que doubles, peut être con- sidéré comme composé de deux individus unitaires com- | plets ou incomplets, ayant les régions homologues sens blement égales en volume, au contraire très-inégales- Voici les résultats auxquels m'ont conduit la comparaison fe ces deux individus, Dans tous les cas corinus, les deux \

1 Rom GT He A a AAA EU

14 - PARTIE I.

individus composans , si les régions homologues de l’un et l'autre. sont égales, et le jh développé. d’entre eux, si elles sont iépales , peuvent être très-incomplets, mais sont constamment, dans la portion existante, établis sur Le type des monstruosités unitaires du premier ordre. Au contraire , lorsque les. deux sujets présentent , compa- rés dans leurs régions homologues , une inégalité très-mar- quée, le plus pelit d'entre eux est toujours affecté d'une mons- truosité unitaire du second ou du troisième ordre , jamais du premier. Ges faits généraux, qui seront développés et dé- montrés de la manière la plus positive dans les chapitres suivans, peuvent être traduits ainsi: tout monstre double peut être considéré comme résultant de l'association d'un monstre autosite, dans le premier cas, avee un autre auto- site ; dans le second , avec un omphalosite ; dans le troisième, avec un parasite. D'où l’on voit que, sur les deux individus qui composent un monstre double, l’un reproduit con: stamment un type donné, celui des monstres autosites, et l’autré , au contraire ; présente dés modifications très-im- portantes ; parfaitement-analogues à-celles qui caractérisent les trois divisions principales ou ordres des monstres uni- taires, Gétteanalyse nous conduit par une autre voie à cettecon- séquence déjà obtenue, que la série des-monstres doubles n’est réellement ni inférieure. ni supérieure en anomalie à celle des monstrés unitaires. Mais ; de plus , elle nous fournit l'expression précisé des rapports d’analogie qui existent en. tre ces deuxséries. Parmi Les deux individus qui composent les monstres doubles, l’un à peuprès constant, l’autre variable, faisons. abstraction qu premier pour nn instant, et fixons toute nôtre attention sur lesecond, analogue tantôt à un auto- site ; tantôt à un omphalosite ; tantôt à un parasite. Nous re- trouvons évidemment ici toutes les mêmes modifications gé-

*

MoN COMPOSÉS. 15

nérales que nous avons déjà vues chez les monstres unitaires, et la série des monstres doubles se trouve manifestement ra- menée à la série des montres unitaires , sauf une différence constante, l’associalion à un autosite, En d’autres termes ; ce sont deux séries qui, dérivant de deux types normaux différens, l’un représenté par un seul individu, l’autre par deux individus , s’écartent chacune de leur point de départ par des modifications semblables, ou, es expri- mer la même idée en un seul mot, ce sont deux séries pa- rallèles. |

Tels sont les ST he des ons tEDE doubles. et des monstres unitaires : l’une et l’autre série sont , à leur ori- gine, également rapprochées, à leur terminaison, également éloignées du type, normal. Je continuerai néanmoins à placer les monstres unitaires avant les monstres doubles. C’est tout à la fois l’ordre le plus favorable à l'étude et le plus naturel : le plus favorable à l'étude , puisque l'histoire des monstres doubles peut se déduire en très-grande: partie de l’histoire des monstres unitaires ; ; le plus Ppétutél , lés monstres unitaires ne pouvant être séparés des êtres ano- maux des trois premiers embranchemens , dont le type.est

Se unitaire ; «par les monstres doubs dont le type

est représenté par deux individus.

Par de semblables motifs, l’histoire des monstres triples suivra celle des monstres doubles, dont elle n ’est, comme on le verra, qu'une simple et très-facile extension. Ainsi , dans l’enchaînement naturel des faits , acquérir des notions exactes sur un groupe d'anomalies, c’est déjà commencer l'étude du groupe suivant , et les recherches à faire se ré- duisent presque toujours par l'analyse à une application Ps. ou moins facile.des recherches déjà faites (1).

(:) Les considérations que je viens de présenter, et d'où il suit US

F2

PARTIE Elf,

SECTION IV.

DE LA CRASSIFICATION DES MONSTRES COMPOSÉS.

Dans l'exposé que j’ai donné plus haut (1) de la classifica- tion des monstres en général, j'ai déjà indiqué la division des monstres composés en deux sous-classes, la première, celle des monstres doubles, qui comprend à elle seule la presque totalité des cas connus ; la seconde, celle des monstres tri- ples, dont l’histoire, si difficile que doive être l'analyse d'une organisation aussi complexe, peut se résamer dans quelques corollaires très-simples de l’histoire des monstres doubles. L'ordre naturel , et les nécessités d’une exposition logique, me prescrivent donc également de m'occuper de ceux-ci. les monstres doubles ét triples forment des séries parallèles à La série des monstres unitaires , expliquent comment les monstres doubles, pla- cés dans presque toutes les classifications tératologiques immédiate- ment après les monstres unitaires les plus simples, les suivent de même dans la méthode développée dans cet ouvrage; quoique celle-ci soit fondée sur des principes très-différens, Après les remarques qui pré- cèdent, il est à peine besoin de dire que cet ordre est seulement celui de mon exposition, obligée de suivre tour à tour et isolément chacun des groupes , et de les ranger tous dans une seule série, mais non celui qui résulterait des principes de la classification ; principes suivant les- quels les monstres unitaires, doubles, triples, forment trois sériés partant parallèlement chacune de leur type spécial, et s’en éloignant peu à peu par une suite de modifications et de dégradations analogues. Les.rapporls naturels de ces séries peuvent bien être exprimés par un tableau synoptique; mais dans une exposition détaillée, il faut de toute nécessité prendre les séries une à une, les placer lune après l'autre, et pour ajusi dire les superposer; et de la rencontre des premiers genres de Ja seconde série avec les derniers genres de la première.

(1) Tome If, p. 185 et suivantes. Voyez aussi Le Tableau général et méthodique de la classification , bid, p. 179,

MONSTRES COMPOSÉS. 19 Les différences principales que présentent entre eux les Monstres doubles, et qui Serens servir de base à leur clas- sification, sont relatives à des considérations de deux genres; en premier lieu, à organisation générale des in- dividus composans; en second lieu, à leur mode d'union. Les considérations de ce dernicr genre sont évidemment d’une haute valeur, mais le san encore en impor- tance à celles du premier, puisque celles-ci sont fondées sur la constitution elle-même de l'être dans ce qu’elle à de plus essentiel. Si l’on veut se conformer aux règles fon- damentales de toute méthode naturelle, classer et subordon- ner entre eux les caractères selon leur1i importance , les côn- sidérations relatives à l'organisation des individus compo- sans doivent donc servir de base à l'établissement des divisions primaires ou ordres. C’est d’après ce principe que j’ai partagé d’ Re tous se . monstres doubles en deux ordres, les AUTOsITAIRES et les ParasiTatres (1), division que je crois pour oir présenter à Ja fois comme très-simple et comme également conforme aux données physiologiques et anatomiques. Les autositaires comprennent un très-grand nombre de MONS. composés de deux individus a égaux . en développement. Cette égalité d’ organisation indique suffi- 4 samment que les deux Re composans jouissent d’une | égale activité pby siologique ; CC esl Ce qui à constamment lieu , soit que Jes deux sujels composans, réunis seulement dans ane région, vivent chacun d’une vie presque distincte, soit que , plus intimement confondus, ils conconrent éga- lement à la nutrition et à l'accomplissement des autres fonctions nécessaires à la vie commune.

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Les monstres doubles du second ordre, ou parasitaires, sont

(1) FT ; Pe 28% J'oyez aussi plus haut, p. 13 Tr, 7

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18 PARTIE Ur, . au contraire composés de deux sujets très-distincts par leur organisation générale, et en même temps très “égaux , le plus petit étant aussi le plus imparfait. Aussi, loin qu’ils par ticipent également aux fonctions vitales, et spécialement aux fonctions de nutrition, le plus petit, an organisation à un omphalosite ou à un para atx dépens du plus grand , seul Comparable à un autosite, et n’en est qu’une sorte d’appendice plus ou moins inerte. De cés deux ordres, le premier Comprend évidemment les êtres les plusrapprochés dutype normal, si l’on considère ce type comme étant représenté par deux individus. Les parasi-

alogue par son site, se nourrit

taires; au contraire, représentant un autosite uni soit à un

omphalosite , soit à un parasite , ont tout à ]

a fois pour analo- gues les deux derniers ordres des monstres

unitaires. Îl serait

sans doute facile de partager les parasitaires en deux grou- pes représentant isolément l’un et l’autre de ces types, et de rendre ainsi manifeste au plus haut degré le parallélisme de la série des monstres unitaires et de celle des monstres doubles. Mais l'adoption de cetie division, sans offrir d’autre avantage

qu’une symétrie plus parfaite dans le cadre de la classifica-

tion, entrainerait de graves inconvéniens, et il me suffit d’en indiquer ici la possibilité.

Les deux ordres dont je viens de rappeler les noms et les caractères comprennent l’un et l’autre un grand nombre de genres. Geux qui composent le premier sont surtout telle- ment Multipliés, et présentent en même temps des condi- tions si diverses, qu’ilserait impossible de descendre immé. diatement des ordres aux genres dans la détermination des monstres doubles ; l'établissement de divisions intermédiai- res, c’est-à-dire de tribus et de familles , 6st donc d’une né- cessité absolue parmi ceux-ci comme parmi les monstres unitaires, C'est pour les divisions secondaires et tertiaires

mages = rem à Co on A

ge e | . er , : a que je recourrai à la considération des différences rela- lives au mode d’union des deux individus composans , ou,

leur union. | ?

_‘diquer dans l’ordre de leurs rapports avec le type normal,

les élémens complets ou presque complets de deux sujets. La duplicité est donc ici aussi parfaite, l'isolement des deux êtres composans aussi marqué, et, par conséquent, leur indi-

Cette tribu se subdivise en deux familles dont les carac-

SAS | |

| MONSTRES COMPOSÉS. 19

plus spécialement, aux différences que présentent les deux individus comparés dans le degré, la direction et le lieu de

Premier ordre. AUTOSITAIRES, © Ce premier groupe comprend trois tribus que je vais in-

Tribu I. Dans les divers genres qui lui appartiennent, les deux sujets composans ne sont encore réunis que dans une seule région , et dans cette région même se retrouvent

vidualité physiologique aussi manifeste qu’ilest possible dans Ja monstruosité double. &

tères très-importans sont en même temps très-faciles à

Dans l’une , qui offre évidemment le degré le plus rap- proché du type normal, chacun des sujets composans a même encore son ombilic , par conséquent son cordon om- bilical propre : caractère physiologiquement très-remarqua- ble, et bien suffisant pour motiver, en faveur du petit nom- bre de genres quile présentent , la création d’un groupe par- ticulier que j'ainommé MonsTREs DOURLES EUSOMPHALIENS (1), c’est-à-dire , à ombilics distincts et normaux.

À la seconde famille appartiennent tous les autres

() D’& ou eds, bien, mot qui, èn composition, indique Za bonne confore Mation d'une chose ou d’un être , et d'auvaès, ombilie, milieu, centre,

20 PARTIE II.

monstres de la première tribu, caractérisés en commun par l'existence d’un seul ombilic à et, d’une manière plus générale , d'une seule région ombilicale, De à le nom de monstres doubles dun seul ombilic ou woxowpnazrens (1),sous lequel je -désignerai ces monstres évidemment remarqua- bles par une union déjà plus intime de leurs appareils or- ganiques et de leurs fonctions.

Tribu I. Elle comprend ceux des monstres doubles chez lesquels les individus composans , bien distincts et séparés même à leur extrémité pelvienne, se confondent au contraire plus ou moins intimement à leur extrémité céphalique ; et même dans leur moitié sus-ombilicale tout entière.

Les deux familles dont se compose cette seconde tribu, se lient très-naturellement entre elles par quelques uns de leurs genres, mais se distinguent par des caractères très-précis.

Dans certains genres, évidemment ceux de tous qui se rapprochent le plus des monstres doubles de la première tribu , les deux corps, bien distincts et même complétement séparés au dessous de l’ombilic , sont surmontés d’une double tête plus ou moins incomplète; en d’autres termes , de deux têtes intimement réunies et plus ou moins atrophiées. Ce sont ces modifications remarquables, essentiellement caractéris- tiques de la première famille, qui lui ont valu le nom de monsires doubles à têtes confondues ou sychrmantens (2).

Dans d’autres genres qui tiennent de très-près à Ceux de la famille précédente , les deux corps, tantôt séparés et encore Complets aw dessous de l’ombilic, tantôt réunis et dès-lors incomplets dans la région sous-ombilicale, sont surmontés d’une tête unique et simple , dans laquelle l’ana - ‘yse anatomique peut seule retrouver quelques traces de

(:) Du même mot äupulès, et de mavos, seul, unique.

(2) De où, avec, préposition qui, placée devant un autre radical, exprime la réunion , la fusion , la composition, et de 2:22) , tte,

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MONSTRES COMPOSÉS. 21 duplicité, J'ai adopté pour cette famille le nom de Mons-

. TRES DOUBLES MONOCÉPHALIENS (1), ou à une seule tèle ; nom

qui en exprime bien le caractère, et qui a l’avantage d’être depuis long-temps usité en tératologie avec celte même at- ception. | Tribu UI. Caractérisée par des modifications inverses de celles que nous a offertes la seconde tribu, celle-ci se com- pose de monstres chez lesquels l'extrémité céphalique est double, tandis que l’extrémité pelvienne du corps , et même toute la région sous-ombilicale , offre une tendance mänifeste à l'unité , ct le plus souvent est tout -à-fait unique et simple. .. Cette tribu se divise très-naturellement en deux familles qui, caractérisées par des degrés divers dans la fusion et l’a- trophie des corps des individus composans , correspondent d’une manière mi à Pas aux deux familles de la tribu pré- cédente. Le Ainsi dans l’une, les deux corps, comme l’étaient les deux têtes chez les sycéphaliens, sont confondus , au moins en grande partie, en un tronc complexe et manifestement double ; d’où le nom de monstres à corps confondus ou sYs0- MIENS (2), qui résume en lui ce caractère. Dans la seconde famille, la fusion et l’atrophie des deux corps, comme celle des deux têtes chez les monocéphaliens , est portée beaucoup plus loin encore : il n'existe plus, si ce n'est pour l analyse anatomique , qu’ un Corps unique et simple ; caractère qui a valu à ce groupe le nom de monstres doubles 4 un seul _— ou

* MONOSOMIENS (3).

On voit que la seconde et la troisième {ribé commencent + (1) Des mêmes mots pôvos et x:pu).

(2) De où» et de coue, corps. (3) Des Mêmes mots pdvos et ox,

ER

29 PARTIE III.

l’une et l’autre par des genres dans lesquels la duplicité est encore presque complète, et finissent par des genres qui n’of- frent plus de traces de duplicité qu’à l’une des extrémités, Composées enire elles pour le degré et la valeur des anoma- lies qui les caractérisent , elles ne sont donc , à vrai dire, ni inférieures ni supérieures l’une à l’autre dans l'échelle des anomalies : elles représentent bien plutôt deux voies dis- tinctes et parallèles, par lesquelles l'observateur peut des- cendre graduellement du type normal, c’est-à-dire de la Lo complète , à cette unité apparente et anomaïe qui résulte, chez les derniers monstres doubles, de la fusion intime des deux individus composans.

Deuxième ordre. PARASITAIRES.

Moins étendu et moins nombreux en genres que le pre- mier , ce second ordre se divise cependant comme lui très- naturellement entroistribus, dont les deux premièressesubdi- visent elles-mêmes en deux familles, Dans le résumé que je vais présenter de ces divers groupes, je les caractériserai tous principalement par les modifications diverses du sujet parasite. Le sujet autosite est en effet constamment établi sur le même type, el il est pour le moment inutile de nousen oc- cuper, si Ce n’est pour indiquer ses rapports avec le parasite.

Tribu 1. Comme li indique le rang qu’elle occupe dans la série, Cetle tribu comprend ceux des monstres parasitaires qui se rapprochent leplus des autositaires, Ici, du moins, l'é- tre est encore, dès le premier aspect , reconnaissable pour un monstre double , le parasite , si incomplet qu'il soit , of- frant encore une organisation assez complexe , et élant im-

janté extérieurement sur l’autosite.

Dans l’une des familles de cette tribu, leS rapports de position de l’autosite et du parasite sont même encore ceux

| MONSTRES COMPOSÉS. 23 que l’on trouve le plus ordinairement parmi les autositaires enire les deux sujets composans, Leplas petitet plus impar: fait des deux sujets est attaché à la face antérieure du corps, à peu de distance et souvent immédiatement au dessus l'ombilic : disposition qui a sonvent fait confondre les mons- tres de cette famille avec divers genres d’autositaires, mal- 8ré les différences très-marquées de volimé et d’organisà+ tion que présentent ici les deux individus composans. 5 +

Dans la seconde famille , plus éloignée encore que la première du type régulier , le parasite , très-incomplet ,.et réduit à une seule région, par exemple à une têtesans corps, est remarquable par le lieu de son insertion, qui, loin d'é- tre la région ombilicale, en est extrêmement éloigné. Il suit de que le parasite , qui.ne peut vivre par son propre cor- don ombilical, puisqu'il n’en a pas , n’a non plus aucun rapport avec le cordon. ombilical du sujet principal. :.. .

_Gomparées entre elles , ces deux familles doivent donc sur-

. tout fixer l'attention, l’une par la diversité des types organi- ques sur lesquels sont établis les deux sujets composans, l’autre par les différences , très-rem arquables physiologique- ment et anatomiquement, que présente le parasite dans le mode et le lieu de son insertion. De les noms corrélatifs de MonsTres DOUBLES HÉTÉROTYPIENS (:) pour la première à ef de MonSTRES DOUBLES HÉTÉRALIENS pour la seconde (2). ..

Tribu IL. Dans cette tribu , l'individu accessoire est , comme dans la première, inséré à l'extérieur ; mais il est tellement imparfait, tellement inerte, tellement subordonné à l'individu principal qu'il est difficile an premier aspect de

ne pas prendre celui-ci pour un être unitaire , portant quel- ; ques parties surnuméraires, |

() De £-cpos, autre, dissemblable, et de rire, modèle , plan , type:

@) Du même mot érepos, et de &us d)cà , aire, place, lieu rémare- quable, ,

A Lo D A AR A LL a

24, FES PARTIE Hit. - Comme la précédente, celte tribu comprend, dans l’état pins de la science, deux familles,

Dans la première, placée très-naturellement à la suite de la tribu précédente, le monstre parasite est réduit à des

. mâchoireset à quelques autres parties céphaliques attachées

auxmâchoires, plus spécialement à I: mâchoire inférieure, de l'individu principal. Le monstre double représente par Con- séquent dans son ensemble un être unitaire avec dévelop- pement surnuméraire de mâchoires : conditions très-carace téristiques que j'ai exprimées en désignant cette famille sous le nom de monstres doubles & méchotres multiples, ou POLYGNATHIENS (1).

J'ai donné à la seconde famille le nom analogique de monstres doubles à membres multiples ou POLYMÉLIENS (2), Ce nom exprime clairement le caractère de ce groupe , consistant dans l’existence d’une tête et d’un Mn à uni- que avec membres surnuméraires.

Tribu II. Dans cette dernière tribu, la duplicité da monstre est beaucoup moins apparente encore que dans la seconde , Je sujet accessoire étant inclus et par conséquent plus ou moins complétement caché dans le sujet principal.

La seule famille qu'il soit présentement possible d’éta- blir dans cette tribu très- distincte , celle des monstres.dou- bles par inclusion expocvmtens (3), se lie, par plusieurs des cas qu’elle comprend , avec divers genres appartenant

aux deux premières tribus des parasites. En même temps , l'extrême imperfection de l’un des sujets composans dans

quelques autres genres, évidemment les derniers de la classe “dés monstres doubles, rappelle ces êtres si simples et si

() De rois, plusieurs, multiple, nombreux , et de y»0os, mâchoire. A o . (2) Du même mot rois, et de »5)os, membre.

RS j ST » 2 CE É 1 (3) De éd, dedans, et de xÿrux ou “44, produit de génération , fœtus.

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MONSTRES COMPOSÉS. : 25 anomaux par lesquels nous avons vu se terminer la série des Monstres unitaires.

Telle est la classification que je vais suivre dans Texposi- tion des caractères et l’ histoire des monstres doubles. Comme on le voit, elle établit parmi eux deux ordres, divisés en six tribus, et subdivisés en onze familles, à chacüne des- quelles un chapitre PEER: sera consacré.

Quant aux monstres iésioé: sans entrer ici sur eux dans de longs détails, et surtoutsans établir à l’avance de nombreuses et inutiles divisions parmi ces êtres encore à peine connus, me bornerai à présenter de courtes remarques, dont le développement se trouvera par la suite dans le chapitre spé- cial consacré à leur histoire,

Un monstre triple résulte en général, non de l’union di- recte de trois individus entre eux, mais de l'union d’un in-

dividu avec deux autres, plus exactement et plus claire-

ment, de l'union d’un individu avec un autre, lui-même uni à un troisième. Or, s’ilen est ainsi, la double réunion qui ca-

ractérise un monstre triple , se ramène à deux réunions

simples, complétement analogues à celles que l’on observe chez les monstres doubles : par conséquent , les monstres

doubles étant connus , les monstres triples le sont aussi à

l'avance, et les mêmes divisions que nous trouvons parmi Jes uns, peuvent et doivent se retrouver parmi les autres. Cest, en effet, exactement ce qui a lieu. La classification

que jeviens d'exposer à l'égard des monstres doubles, s’appli-

que aussi aux monstres triples; seulement, ceux-ci étant très-

peu nombreux, et les monstres doubles l’étant à l'excès,

rois ou quatre seulement des types que nous connais- Sons parmi ceux-ci, se retrouvent parmi les premiers. Ce n'est à, comme on le voit, qu'une différence de nombre PEU importante pour elle-même, et se les progrès de

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26 PARTIE IIL

la science tendront nécessairement à diminuer de plus en plus. : Er

De ces remarques se déduit une règle importante de-no- menclature. Si des groupes similaires , presque identiques même, peuvent être établis en plus moins grand nom- bre parmi les monstres triples et les do il est uuilité manifeste que ces ie ie. se os tre des noms pareiïllement similaires , presque identiques même. Or on obtient ce résultat , et l’on a ,en même temps, l’avantage d’une notable économie dans le nombre des mots, en rendant les noms distinctifs des ordres et des fa- milles, également applicables, par leur composition étymo-

logique, aux groupes correspondans des deux sous-classes des monstres composés.

C'est ainsi qu'il me devient possible, sans entrer dans de longs développemens, ct sans recourir à des dénomi- nations nouvelles, de donner en peu de mots un aperçu

général de l’ensemble des monstres tiples , et de complé-

ter ainsi cette revue sommaire et anticipée de la classe des

monstres composés,

Dans l’ordre des Monstres TRIPLES AUTOSITAIRES, ON ne connaît guère que, trois familles , encore est-ce d’une ma- nière très-imparfaite , et par des observations presque tou- jours dépourvues d'authenticité : ce sont les monstres triples monomphaliens , les monocéphaliens et les monosomiens ; c'est-à-dire précisément les analogues de la dernière fa- mille de chacune des trois tribus des monstres doubles au- tositaires,

Une semblable remarque est aussi applicable aux mons-

_tres triples parasitaires : car on ne connaît également parmi

eux que des familles de rang inférieur, savoir , des polygna- tiens et des endocymiens. R

Ajoutons, en terminant, que des monstres quadruples

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| MONSTRES COMPOSÉS. : 1m monosomiens , et même des êtres encore beaucoup plus com- plexes, 6nt été indiqués par divers auteurs, mais toujours par des auteurs dont le nom est dénué de toute autorité,

x

SECTION V.

DES RAPPORTS DE POSITION DES INDIVIDUS COMPOSANT UN MONSTRE DOUBLE OU MULTIPLE ,; ET DES AXES.

En posant lès bases d’une nouvelle classification des monstres doubles , jai dû, en premier lieu , non seulement assigner à chacune des divisions que j'ai établies des ca- ractères faciles à saisir, mais aussi exprimer ces carac- ières par des termes empruntés au langage ordinaire , afin de les rendre immédiatement intelligibles pour ceux même qui ne possèdent point de notions étendues sur l’orga- bisation des monstres doubles. En effet, si un monstre dou- ble se présente à l'observation, le premier problème à ré- soudre, celui dont il importe avant tout de rendre la so- lution facile , c’est la détermination du monstre; en d'au- tres termes , sa réduction successive à l’ordre, à la tribu, à la famille, qui comprend les êtres les plus semblables à lui, et, par conséquent, ceux avec lesquels ilest nécessaire

de le comparer.

Les définitions que j’ai données de chaque groupe, étant conçues en termes généraux, intelligibles par eux-mêmes, et avant toute définition, me paraissent propres à rem-

plir ce premier besoin : mais ; par la nature même de leurs élémens , elles n’ont pas et ne sauraient avoir toute la précision et surtout tonte la généralité que. comporte l'histoire des monstres composés. Aussi ai-je cru devoir chercher une expression plus rigoureusement exacte des mêmes définitions, et tenter de remédier ici à ce dé-

28 | PARTIE II.

faut de précision qui se fait sentir dans presque toutes les

parties de l’anatomie., Les essais que jai faits dans ce but

remontent à plusieurs années (1), et, en indiquant ici leurs

résultats, je puis les présenter comme déjà sanctionnés par . l'approbation de plusieurs célèbres anatomistes.

Les remarques que je vais présenter, sont des ap- plications de deux faits généraux ; OU, pour mieux dire, de deux lois tératologiques, qui, établies par mon père, il y a quelques années (2) , sont aujourd’hui les bases nécessaires et fondamentales de toute recherche vrai-

ment scientifique sur les monstres composés. Ces deux.

lois, ramenées à leur expression la plus simple, sont les suivantes,

Lorsque deux ou plusieurs sujets sont unis pour cOMpo- ser un monstre double ou plus que double , l'union a lieu entre eux par les faces homologues de leur corps, Ainsi, chez un monsire double, si l’un des sujets est adhérent par la face ventrale du corps, c’est généralement à la face ven- trale du corps de l’autre qu’il est uni, et non à sa face dor- sale ou à l’une de ses faces latérales : et de même pour les monstres triples (3).

(x) Voyez mes Propositions sur la monstruosité et mon Mémoire Sur La

nécessité et les moyens de créer pour les monstres une nomenclature ration nelle et méthodique, loc. cit. :

(2) Dans son article Monstres du Dictionn. class. d'hist. naturelle, t. XI, p- 139 et SUV: janvier 1827,et dans ses divers mémoires sur les monstres doubles (tous cités dans la suite de cet ouvrage), mais plus spécialement parmi eux, dans celui qui à pour titre: Considérations zool, et physiol. relatives à nn nouveau genre de monstr. nommé Hypogna- the. Voyez les Mém. du museum d'hist, nat. ,t, XIE, p. 93, et le Journal de médecine vétérinaire, de févr. 1826, p-71:

(3) La seule exception connue est relative à des canards Monstrueux dont j'ai indiqué dans un autré travail, et dont je décrirai plus bas l’organisation paradoxale. Voyez, parmi les monstres doubies poly méliens, le genre céphalomèle.

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MONSTRES COMPOSÉS. 29. De plus, les deux sujets composant un monstre double, et de même les divers sujets qui composent un monstre plus que double, si on les compare deux à deux, sont pla- cés et ont leurs organes disposés plus ou moins symétrique- ment des deux côtés de la ligne du plan suivant lequel se fait l’union (1). De ces deux faits généraux résulte l'existence, chez tous les monstres doubles, de trois lignes ou axes, savoir, l'axe individuel de chacun des sujets composans, et l’axe géné- ral du monstre. Par la considération de ces trois axes et des rapports qu'ils ont entre eux, on peut exprimer les di- verses modifications de la monstruosité double avec une précision presque géométrique, et surtout les indiquer par des formules peut-être un peu abstraites , mais simples,

abréviatives, et irès-propres , soit à fournir des inductions

sur les analogies et les différences des monstres doubles comparés entre eux et avec les autres monstres composés, soit mieux encore à montrer les relations nécessaires qui existent entre les deux individus composans.

J'ai désigné ces trois axes dans mes premières publica- tions tératologiques , et je continuerai à les désigner dans

le Cours de cet ouvrage sous les noms caractéristiques d'axes vertébraux et d’axes d'union.

J'entends par axe vertébral le plan médian ou , pour sim- plifier , la ligne médiane de chacun des deux sujeis réunis : ligne ou plan qui, étant, chez les monstres composés, bien plus souvent latéral que médian par rapport à l’ensemble de l'être, doit recevoir, dans l’histoire de ces êtrés ano-

(1) Outre les céphalomèles, deux autres genres font à ce dernier ne sénéral des exceptions qui d’ailleurs ne sont pas entièrement inex- Plicables, L'an de ces genres, les céphalopages, fait partie de la famille ee mMénstres eusomphaliens , et l'autre, appartenant aux hétéraliens» est analogue du précédent parmi les parasitaires.

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30 PARTIE TT.

maux, une dénomination générale tout-à-fait indépendante de la position qu’il oécupe. Le nom d’axe vertébral m'a paru remplir celte condition , et exprimer les élémens les plus importans de la détermination de cet axe, toujours re- présenté par la colonne vertébrale,

L’axe d'union est le plan, ou, si l’on veut, la ligne sui- vant laquelle se fait l'union des deux sujets composant un monstre double. Il est donc toujours interposé entre les deux axes vertébraux, et c’est lui qui, chez tous les mon- stres doubles ( mais non chez tous les monstres composés ) représente la ligne médiane de l’être composé pris dans son ensemble.

Ges trois axes peuvent être entre eux dans des rapports très-différens , soit d’étendue , soit de direction. Ils peuvent être égaux ou inégaux. L’axe d’union peut être parallèle aux axes vertébraux; il peut leur être perpendiculaire: il peut aussi leur être oblique; et de des différences dont Re est telle que les exprimer avec exactitude", c’est véritablement résumer en quelques mots toutes les mo- difications les plus remarquables de l’organisation des mon- stres doubles.

Sans entrer ici dans des développemens qui doivent trouver place dans les chapitres suivans, je montrerai seu- lement, en citant quelques exemples, par quelle voie sim- ple et directe et avec quelle facilité la Classification des monstres doubles à laquelle m’a finalement conduit l’en- semble de mes recherches, pouvaitêtre déduite à priori et presque tout entière de la seule considération de ces axes.

Les deux axes vertébraux, ai-je dit, peuvent être égaux ou INÉÇAUX : : de ce premier genre de Tèredee ré- sulle une première division en de groupes, dont le pre

MONSTRES COMPOSÉS, 31

mier correspond exactement aux autositaires , le second

aux parasitaires. |

Voulons-nous avoir égard maintenant à la direction de

l'axe d’union et à ses rapports avec les axes vertébraux?

Nous allons retrouver de même toutes nos subdivisions. Re D re de { L’axe d’union peut être parallèle aux axes vertébraux, Dès-

lors ceux-ci sont nécessairement aussi parallèles entre eux;

ils ne se rencontrent pas ; d’où la non-fusion des deux indi- Yidus qui composent le monstre double. Tel est précisé- ment le caractère des monstres autositaires de la première tribu , les eusomphaliens et les monomphaliens. L’obliquité des axes vertébraux sur l’axe d'union et leur rencontre avec lui, rencontre qui peu avoir lieu supérieure ment ou inférieurement , exprime au contraire la fusion partielle des deux individus, soit en haut , comme dans les sycéphaliens et les monocéphaliens, qui composent la seconde

: ® ee e g: ? f tribu, soit en bas comme dans la troisième tribu, c'est-à+

dire chez les sysomiens et les monosomiens.

Enfin quelle sera la disposition du monstre double, si l’axe d’union est perpendiculaire aux axes vertébraux? Si l'on réfléchit que l’axe d’union est nécessairement interposé entre les axes vertébraux » On voit que ce troisième Cas sup-

pose une disposition toute particulière des axes vertébraux;

leur isolement presque complet, leur situation bout à bout et leur rencontre par un point extrême, sur lequel tombe per- pendiculairement l’axe d’anion, À cette considération joint- on celle de l'inégalité possible des axes vertébraux, on arrive à concevoir à priori les deux familles que j’ai désignées sous les noms d’hétéraliens et de polygnathiens ; familles dont il était certes impossible de prévoir par toute autre méthode

? + . l'existence si anomale.

di

rection des axes fournissent ‘directement plus de la

1 Ainsi les seules considérations relatives à l'étendue et à la

: 4

F1

f

59 À | PARTIE IT.

moitié des divisions établies parmi les monstres doubles.

En même temps elles indiquent à l’avance le nombre de

genres que peut comprendre chacune de ces divisions.

Qui ne voit, en effet, que les axes peuvent présenter des de-

grés très-divers d'obliquité, et se rencontrer sous des an-

gles très-différens; que les combinaisons fondées sur le

parallélisme des axes, sont nécessairement moins nom- breuses ; enfin que l'incidence perpendiculaire de l'axe d'union sur les axes vertébraux , n’est possible que dans un

nombre beaucoup moindre encore de combinaisons ?

Quant aux autres divisions sub-ordinales et aux autres fa- milles des monstres doubles, ilest vrai que les considérations relatives aux axes ne peuvent faire prévoir, du moins avec Ja même facilité, leurs modifications caractéristiques ; mais du moins peuvent-elles être étendues avec beaucoup d’a- vantage à leur étude, aussi bien qu’à celle des subdivisions génériques elles-mêmes.

ne se bornent pas encore les applications qui peu- vent être faics des considérations de ce genre à l’his- toire des monstres composés. Les monstres triples , autant qu’il est permis de conclure du très-petit nembre de faits que possède la science, sont soumis aux mêmes lois que les monstres doubles, et par conséquent ont aussi leurs axes semblablement disposés. Seulement, comme ils offrent en eux les élémens de trois sujets au lieu de deux, il existe chez eux trois axes vertébraux et deux axes d'union,

I] ne serait même nullement difficile de se rendre compte des monstres composés d’un plus grand nombre d’indivi- dus. Si la nature venait à en présenter quelques uns, ct qu'ils fussent soumis aux mêmes lois que les monstres dou- bles, hypothèse pour le moins irès-yraisembable, on concoit qu'il ÿ aurait toujours autant d’axes vertébraux que d’indi- vidus et un axe d’uniop de moins.

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MONSTRES COMPOSÉS. 35

‘On peut dire d’une manière générale , même en compre- nant dans ces considérations les monstres unitaires, que chez tous les monstres formés d'un nombre impair d'indi-

. Vidus , l'axe médian ou central du monstre coïncide avec

l'axe vertébral de l'individu ou de l’un des individus qui le composent, Chez tous ceux qui sont composés d’un nombre Pair , cet axe médian coïncide avec l'axe d'union des deux individus, s’il y en a deux, des individus placés le plus en dedans , s’il yen a plus de deux, | Enfin, ces considérations peuvent recevoirencore une bien plus grande extension. Dans les monstres unitaires , et même, d’une manière générale, dans tous les êtres symétriques, les deux moitiés du corps peuvent être comparées à deux indivi- dus simples, réunis pour Composer un individu double : car les lois qui régissent l'union des deux moitiés du corps, sont

exactement les mêmes que celles qui régissent l’union des

deux sujets formant un monstre double. Sous le point de vue le plus général, et en appelant une moitié cet ensemble de par- _ ties qui setrouve deux fois répété chez les animaux nommés Pour cette raison même binaires, on peut donc dire qne les êtres établis plus ou moins exactement sur le type symé- trique , se divisent en trois groupes, les uns formés de deux moiliés , comme la plus grande partie des animaux et tous les monstresunitaires ; d’autres, de quatre moitiés , Comme les monstres doubles; d’autres de six mMoitiés, comme les monstres triples. Pour es premiers qui est à Ja fois axe vertébral et conds, trois axes, savoir, deux d'union qui est central ;

> il existe un seul axe axe Central; pour les se- axes vertébraux et un axe pourlestroisièmes , cinq axes , sa- Voir, deux axes d'union, et trois axes verlébraux, dont l’un SE en même temps axe central (1).

(1) On Peut remarquer qu'outre les monstres formés de quatre ou : LEE, | 5

PARTIE A4

SECTION VI,

pE LA NOMENCLATURE GÉNÉRIQUE DES MONSTRES COMPOSÉS (1).

Dans toute nomenclature il y a deux choses à considérer : la manière dont on choisit forme les mots , et celle dont on les emploie; en d’autres termes , leur composition intrin- sèque, et la valeur qu’on y attache. C’est seulement du premier point que j'ai à m'occuper ici, puisque je me pro- pose seulement de traiter des noms génériques, c'est-à-dire

de noms dont la valeur est déterminée à l'avance par les principes des méthodes linnéennes.

Je poserai en are lieu quelques règles générales de nomenclature, puis j'en ferai l'application aux monstres doubles et triples.

de six moîtiés, il en est, parmi les composés, qui équivalent à trois ou à cipq-moitiés d'individus, et lon a déjà vu que d’autres, parmi les monstres unitaires, équivalent à une moitié. Ces genres très-curieux ne présentent pas les élémens d’une, trois ou cinq moitiés, dans le sens je viens d’employer ce mot, mais les élémens, incomplets de deux, quatre ou six moitiés , et les lois qui président à leur composition, de même que les rapports de leurs axes, sont les mêmes que chez les êtres parfaitement unitaires, binaires ou ternaires. our ce qui con- cerne les monstres doubles en particulier, les êtres andfnaux équiva- lens à trois moitiés, ou même: surpassant de très-peu deux moitiés, doivent donc être réunis à ceux qui sont ee 7 quatre moitiés complètes, et l’on verra en effet par quels rapports intimes les monocé= phaliens, les monosomiens , les hétérotypiens, les polyméliens , se lient aux monstres doubles les plus complets de tous. F.

(1) Sauf la suppression de quelques parties rendues inutiles par les détails précédens , et l'addition de quelques remarques principaiement relatives aux monstres triples, ce sixième paragraphe diffère à peine du.mémoire que j'ai publié, en juillet r830, dans les Annales dés scien- ces naturelles , . XX, p. 326, sous le titre suivant: De la nécessité et des moyens de créer pour les monstres une nomenclature rationnelle ot méthodique,

| MONSDRES COMPOSÉS. | 85 On peut concevoir d’une manière générale trois espèces . de nomenclatures qui toutes trois ont été sont en= Core employées dans diverses sciences ; et qui peuvent être désignées sous les noms nomenclature irrégulière, nomen- clature systématique & nomenclature méthodique. Lorsque la création ou le‘choix ‘des mots n’est soumis à aucune règle ; lorsqu'il n’ésiste aucun rapport, ni entre les diverses espè- ces nos ‘employés ; hi entré ces noms et les Choses qu'ils représeñtent, Cest la nomenclature irrégulière ; no- menclature par laquelle toutes Tes sciences ont nécessaire ment commencé, ét à Tiquelle un grand nombre d’entre elles sersont fixées. entends, au contraire, D systématique celle il existé des rapports mots employés, représentent $

ar nomenclature entre les divers Mais non entre ces mots et les choses qu'ils ct Enfin par nomenclalare méthodique , celle Les divers mots employés , outre qu'ils ont des rapports entre eux, en ont aussi avec les choses qu’ils représentent, Ges deux dernières espèces de nomenclature sont, comme one voit , soumises à des règles ou lois qui, pour l’une, sont arbitraires et basées uniquement sur l'usage, et qui, pour Vautre ; au contraire, résultent en partie de l'usage, mais eR partie aussi de Ta nature même et des rapports des objets auxquels doit être appliquée Ia nomenclature. Je prends quelques exemples,

La nomentlature des naturalistes ( 1) appartient au pre- Mier gioupe : c’est une nomenclature irrégulière, Ainsi les divers genres d’un même groupe recoivent des noms qui non “Seulement n’ont aucune partie commune, mais qui même sont empruntés à des sources toutes différentes, Par exemple, Xel nom générique est un nom de pays légèrement modifié; e (Tevappelle

di qu'il n’est ici question que du choix des mots, et non de “leur mploi si hien réglé par |

TLinné.

RE noue TT à s : : Eiturae *

36 PARTIE TIT,

tel autre ; dérivé du grec, est choisi de he à indiquer quelque car actère ou à se rappeler quelque circonstance remarquable ; tel autre est un ancien nom grec latin que l'on détourne de son acception primitive: tel autre est tiré du nom d’un voyageur, d’un naturaliste, souvent même d’un homme tout-à-fait étranger à la. science; tel autre enfin est un nom déjà existant dans la science , et dont on‘ s’est borné à retrancher, à changer , à déplacer quel- ques lettres ou quelques syllabes. Je’ pourrais multiplier beaucoup ces exemples; car chaque naturaliste a , pour créer des mots, jene dirai pas sa méthode, mais ses usages, ses procédés particuliers. Il y a donc défaat absolu de rè- gles ou de lois qui président au choix des mots en histoire

+ ÉJONe. La nomenclature astronomique des planètes est une no-

_menclature systématique: car tous les noms qui désigne nt

les corps planétaires, ont entre eux quelques rapports ; mais ils n’ont aucune relation avec la nature de ces corps eux- mêmes ou avec les circonstances qui sont propres à chacun d'eux.

Toute nomenclature l’on pose pour principe de don-

ner à toute une série de noms la même terminaison, est

aussi une nomenclature systématique, si elle n’a d'autre but et d'autre avantage que d'établir plus d’ordrevet de gularité. Telle est par conséquent la nomenclature que j'ai adoptée pour les divers groupes de la classe des monstres unitaires.

La nomenclature chimique est une nomenclature, non seulement régulière, non _seulement systématique , Mais même Ahodquée Car la composition de chaque nom ex-

rime celle du corps auquel il appartient.

Les naturalistes ont-ils tort d’avoir adopté une nomen-.

* LA à e » 1 clature irrégulière , on du moins de l'avoir conservée ? Non

|

{

4

| MONSTRES COMPOSÉS, cs 0 sans doute; car d’une part le nombre des objets auxquels il faut un nom spécial est tellement considérable , qu'une ré- novation totale de la nomenclature plongeraït la science dans un véritable chaos; en sorte que cette rénovation , fût elle possible et reconnue utile à quelques égards, ne devrait pas être faite. Mais de plus, et de même à cause dunom- bre infini d’objets qu’embrasse l’histoire natarelle, cette rénovation serait absolument impossible. On ne saurait, en effet, déduire de principes communs une aussi immense quantité de noms, d'autant plus qu’il arrive très-souvent qu’une modification organique caractérisant très-bien une plante un animal par rapport à tous les autres êtres de la même famille, et paraissant ainsi devoir fournir le motif de sa dénomination générique, se reproduise dans des plantes ou des animaux d’autres familles, et fournisse de même leurs caractères distinctifs par rapport aux genres qui les avoisinent, dd:

Les astronomes, à leur tour , ont-ils eu tort de s’en tenir à l’égard des planètes à une simple nomenclature systéma- üque , au lieu de s'élever à la nomenclature méthodique, comme ils l’eussent pu très-facilement ? Non, sans doute; car, vu le petit nombre de planètes connues, toute no- menclature suffit à leur égard aux besoins de la science : et la régularité systématique est même ici une sorte de luxe inutile à la science. :

Ges deuxexemples sont propres à faire sentir la vérité des deux principes suivans : o

Lat?

L. Une nomenclature qui doit embrasser un nombre im- mense d'objets , ne peut être qu'irrégulière, quant au choix et à la composition des mots (1) : c’est seulement à leur em-

() Cette

à Proposition que la nomenclature des naturalistes doit rester irrégu

lière, n'établit pas que cette nomenciature ug puisse être

}

38 PARKIE LE,

ploi, ou à la classification, que les secours dela méthode se-

raient-appliqués avec avantage. | JE, Uné nomenclature qui ne doit embrasser qu’un nom:

bre très-limité d'objets très-différens., peut rester systéma

tique. même irrégulière sans aucun inconvénient pour

la science,

De ces deux principes on peut déduire le: suivant :

UE. C'est principalement lorsqu'une nomenclature: doit embrasser un nombre assez considérable d'objets que lon peut et que l’on doit la rendre méthodique.

: Tel est précisément le cas de la nomenclature chimique, du moinsen ce qui concerne les corps inorganiques. Il en peut être exactement de même de la nomenclature généri- que des monstres. En effet, ta science possède dès à présent l'indication d'un assez. grand nombre de genres; et d’un autre cÔLé, comme les lois de la monstruosité sont maïin- tenant en partie connues , comme on a constaté que jamais le désordre ne s’élend au-delà de certaines limites, on peut être assuré que ces genres, dont le nembre augmen- tera, ne se multiplieront pas à l'infini, On peut donc eher- cher, avec l'espoir de réussir dans cette entreprise , x créer pour eux une nomenclature méthodique.

Cest ce problème que j'ai tenté de résoudre ; mais seu- lement à l'égard des monstres composés. En: effet, une

grande partie des monstres unitaires avaient dépà été dé-

nommés d’une manière , sinon entièrement satisfaisante, du moins pouvant suffire aux besoins de la science: et ilest une règle à laquelle i] faut , en fait de nemenclature; sub- ordonner toutes les autres: conserver tout çe quipeut être

améliorée à plusieurs égards. Ainsi, pour citer un exemple, il sera

nécessaire de réformer plusieurs noms qui, après avoir été adoptés pour des animaux d’une classe, ont été appliqués à des genres d'une

autre classe.

om

20

?

conservé, Le seul but que j'aie et pu me proposer dans la nomenclature des monstres doubles, était de Ja complé-

; f ee « , Qi 2 L=- ter, conformément aux principes qu avaient présidé aux

travaux antérieurs, et de la rendre de plus en plus régu- lière. \ | | | “Quant aux monstres composés, le champ était encore entièrement libre. On n'avait fait pour eux qu'un très- petit nombre de noms, qui même pouvaient tous, à une seule exception , être conservés. Il était vrai de dire, lors-

que je publiai pour la première fois les résultats aux

quels j'étais parvenu, qu’une nomenclature régulière était pour les monstres doubles , non pas une rénovation, mais une chose entièrement nouvelle. | S'il n’en est plus tout-à-fait ainsi présentement (1 ÿ, je vais du moins montrer que les noms proposés jusqu'à ce jour sont insuflisans, et que la formation de eeux qui man-

_quent encore à la science, doit être, de toute nécessité ,

soumise à des règles précises et bien déterminées. Les noms que les auteurs ont créés pour désigner géné-

riquement les monstres doubles et triples, peuvent se rap-

porterà deux-classes. D ein . 299

(x) Je m'exprimais ainsi dansle mémoire déjà cité que 6e paragra- phe reproduit presque textuellement: « C’est même à cause de cette eir- constance favorable (lanouveauté du sujet }, et parce qu’il est à erain- dre que: dans un moment les monstres doubles ont fixé d'une ma-

_ nièrespéciale l'attention publique, on ne vienne à proposer des noms nouveaux quiseéraient une difficulté de plus, que j'ai eru dévoir pu-

blier dès à présent une esquisse de la nomenclature à laquelle je me suis arrêté après beaucoupde tentatives. » Depuis lors, les principes de cetie nomenclature ont été adoptés par plusieurs auteurs, et onf servi de-règle pour la formation de plusieurs termes nouveaux. Mais d’un autre côté, les craintes que J'exprimais ont été justifiées, deux an$ _après, par la publication de l'ouvrage de Gurzr sur l'anatomie patho- 98ique des mammifères domestiques (Lekrbuch der path. Anat. der Haus-

MONSTRES COMPOSÉS.

PARTIE IL. On a employé depuis long-temps des noins tels que bicéphale (ou mieux dicéphale), tricéphale, disome, ete. , pour désigner les monstres à deux ou trois têtes; à deux Corps, etc. Mais ce ne sont pas des noms génériques; car il existe plusieurs groupes de monstres à deux têtes ou à deux corps, très -différens à plusieurs égards , et qu’il importe beau- coup de ne pas confondre, Ces mots dicéphale , tricéphale , disome, doivent-ils donc être bannis de la langue anato- _mique? Non sans doute. Ils peuvent être utilement em- ployés dans beaucoup de cas, et doivent être conservés , mais seulement comme de simples adjectifs donnant l’ex- pression abrégée d’un caractère remarquable, et commun à plusieurs genres. C’est ainsi que les mols tridaciyle , pen- tadactyle, et une foule d’autres sont employés avec avan- tage par les naturalistes , mais seulement comme mots ex- plicatifs, ou tout au plus comme épithètes spécifiques , et point du tout en qualité de noms génériques. Il n’en est pas de même des noms hétéradelphe , po- lyopse, ischiadelphe, ischiodidyme, gastrodidyme, etc.., propo- sés par mon père et à son exemple par quelques anatomistes distingués, depuis qu'il a été démontré que les monstres

Sœugethiere ), part. IT, Berlin 1832. Dans cet Ouvrage, un très-grand nombre de genres , soit déjà dénommés , soit encore innominés, ont reçu des désignations toujours régulières, il est vrai, et souvent même bien conçues et bonnes en elles:mêmes, mais seulement systématiques, et par Conséquent très-insuffisantes ; ce que feront voir les remarques qui Vont Suivre, et surtout l'examen spécial que j'aurai bientôt à faire de chacun de ces noms en particulier. Tout en mettant à profit le travail de Gurlt, je continuerai donc à admettre la nomenclature que j'avais proposée deux ans Auparavant, non parce que je lai moi. même conçue, mais Parce qu'elle est plus ancienne, déjà adoptée par plusieurs auteurs, et fondée sur les seuls principes qui Puissent servir de base à une nomenclature vraiment méthodique des monstres composés.

MONSTRES COMPOSÉS. 2 sont susceptibles d’être divisés en groupes naturels ; en vé- ritables genres linnéens. Ces noms sont bien des noms gé- nériques , et même en soi d’excellens noms génériques ; Mais on. va voir qu’en créant d’autres noms analogues sans adopter une marche rationnelle et méthodique, on tombe- rait bientôt dans le vague et le désordre.

Mon père a d’abord nommé hétéradelphe un genre que l'on peut ainsi caractériser: monstre à une seule tête et à deux “corps unis par leurs faces antérieures et extrêmement inégaux. C’est à la circonstance très-remarquable de l’iné- galité des deux corps que se rapporte le nom d’hétéradel- phe , qui signifie en effet frères dissemblables.

Plus tard M, Dubrueil a établi, sous le nom d’ischiadel- phe, un genre caractérisé par l’union de deux fœtus com- plets et égaux, placés bout à bout, et soudés par les ischions. Ischiadelphe signifie, par abréviation, frères unis par les ischions. | |

En adoptant.ce nom, qui, je le répète, me paraît excel- lent en lui-même, et en lui donnant la finale adelphe, déjà employée dans le mot hétéradelphe, M. Dubrueil avait , pour ainsi dire, jeté les fondemens d’une nomenclature systéma- tique ; mais cette nomenclature , quelque régulière qu’elle pût être quant aux mots qui la composeraient, eût élé in- \ suflisante, et c’est ce qu’il est très-facile de faire sentir.

Le nom d’hétéradelphe convient très-bien au genre au- quel il a été appliqué ; mais il est loin de convenir à lui seul. En effet, un monstre composé de deux fœtus complets, mais très-inégaux, ou remarquable par deux têtes très- inégales sur un seul corps, ne mérite-t-ils pas également le nom d’hétéradelphe, si ce mot signifie senlement frères Jumeaux dissemblables ? Or les deux cas que je viens de “tPposer se sont déjà présentés, ainsi qu’on peut s’en as- surér en parcourant les annales de la science , el prouvent

Re

ET RCA AMP A ENT PR D BR REA

Lo _ PARTIE Hi. qu'il est nécessaire, à moins d'adopter une nomenclature évidemment très-vicieuse, ou de changer le mot hétéra- delphe, de restreindre et de préciser sa valeur ;°ce qui peut être fait très-facilement et sans aucun inconvénient pour la science, Cest à ce dernier parti que je me suis ar- rêté, non seulement parce que ce nom est généralement admis, mais parce qu'il serait, je ne dirai pas difficile, mais absolument impossible de Jui substituer un nom qui n’of frit pas comme lui l’inconvénient de-convenir également à plusieurs genres. |

Ge que je viens de dire au sujet du mot hétéradelphe , ÿe pourrais le répéter à l'égard de presque tous les autres noms génériques déjà créés. H en est à peine quelques uns qui ne puissent convenir égalemeñt, si lon ne précise le sens qu’on leur attribue , x plusieurs genres très-différenss C’est donc une nomenclature générale qu'il s'agit d'établir pour les monstres composés , en y faisant rentrer, s’il est possi- ble, les noms déjà créés, el non pas seulement quelques noms qu'il s’agit de changer. À

La combinaison à laquelle je me suis arrôté ; repose sur une convention analogue à celle qu'ont adoptée les chi- mistes : c’est qu’une términaison commune sera adoptée pour tous les genres d’un même groupe. Cette terminaison équivaudra ainsi à une expression suceinete des caractères généraux du groupe; puis un ou très-rarement deux mots très-Courts, placés devant terminaison ; exprimeront les caractères particuliérs du genre. : |

J'indiquerai en premier lien la formation plus simple des noms des monstres doubles : Fapplication des mêmes idées aux monstres triples se fra ensuite ; ponr ainsi dire, d’elle- même. |

Il résulte de l’exposé sommaire que j'ai fait précédem- ment des caractères de toutes les familles des monstres

MONSTRES COMPOSÉS. 49 doubles, que ces monstres, saaf un petit nombre d'ex- ceptions (1), rentrent tous dans l’un des trois groupes Sui-

j vans.

Doubles inférieurement et simples sapériéuretet. J’ adopte pour tous les genres qui appartiennent à ce pre- mier groupe la terminaison angseme, adelphus (2); déjà employée.

Doubles supérieurement et simples inférieurement. d’ ai adopté pour tous les genres de ce groupe la terminaison DYME, dymus (5).

Doubles supérieurement et safértedremient. pi ai adopté pour tous les genres de ce groupe la terminaison PAGE, pages (4).

Maintenant il me reste à déterminer quels caractères devront être rappelés par le mot ou les mots qui seront à

placer devant ces terminaisons pour compléter les noms gé- | nériques.

5

Chaque groupe de monstres offre quatre genres princi- pâux de considérations: position relative des deux sujets ; adhérence superficielle ou fusion profonde ; ; lieuet éten- due del adhérence oude la fusion ; duplicité supérieure -

He ) Ces exceptions sont formées par trois ou quatre familles caracté- risées par des modifications très-singulières, et ne comprenant que quelques genres, dont la nomenclature, par cela même qu’ilssont.très- isolés dans la série et très-peu nombreux, ne peut donner lieu à aucune. > A difficulté. Celle que l’on a commencé à établir à leur égard, quoique peu ou point régulière, suffit donc complétement aux besoins la science, et je ne chércheraï pas à l'a modifier pour la rendre NOR que ; ce qui, au reste, serait évidemment très-facile. 1 (2) D'adekpès, frère. -(3) De düuc. Auuos, dont le radical est do, dE est oi dansles mots composés comme signifiant jumeau , par exemple dans duos» pie jumeau ; tpidbuos, trijumeau, ete. me $ & () De rayeis, uni, formé de plusieurs rares. Fire

»

44 PARTIE XII. ment et inférieurement, ou seulement à l’une des extré- mités du corps.

Si fallait exprimer dans un seul mot les considérations relatives à ces quatre genres de Caractères, on ne le pour- rait sans créer des termes que leur longueur et leur compli- cation ne permettraient ni de comprendre ni de retenir; - mais il n'est pas nécessaire que toutes y soient es Dinde pour y être contenues. Je m'explique : dans tous les groupes de monstres , il est des conditions corrélatives existant né- cessairement l’une avec l’autre, dépendant l’une de l’au- tre : il suffit, par conséquent, d'exprimer l’une pour que l’autre soit contenue implicitement.

On va voir que, par suite de ces relations remarquables, les quatre conditions que je viens de rappeler peuvent se réduire à deux, et qu'ainsi, en joignant à la terminaison qui indique le caractère général du groupe, un mot qui indi- que le plus important des caractères spéciaux du genre!, on aura pour chaque sorte de monstruosité un nom qui lui conviendra parfaitement, et qui ne conviendra à aucune autre. |

Prenons pour exemple les monstres doubles supérieure ment et inférieurement. La‘terminaison page exprime, d’a- près la convention établie, le caractère général : plaçons au devant d’elle un radical indiquant le lieu de l’adhé- rence, et le genre sera parfaitement caractérisé. En effet, la face du corps par laquelle deux sujets se trouvent en rap- port ést nécessairement celle par laquelle ils sont adhé- rens : déterminer le lieu de l’union, c’est donc déterminer les rapports de position, C’est aussi déterminer le degré d’adhérence ou de fusion : car, dans un monstre double su- périeurement et inférieurement , la réunion, Si elle à lieu par des organes placés superficiéllement, est nécessaire- ment une simple adhérence, tout au plus une fusion

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MONSTRES COMPOSÉS. 45 incomplète et peu profonde, Ainsi, le nom de pygo-

Page (clunibus adhærens ) que je devrai donner , d'après | les principes que je viens d'exposer et que je donne en effet

à la monstruosité double figarée par Buffon dans le tome IV de ses Supplémens, en renferme implicitement tous les ca- racières. Il lui convient donc, etne convient qu’à lui. Il en se- rait demême des mots siphopage, sternopage, ectopage, etc., ce dérnier nom devant être pris däns toute son extension , et appliqué non à tous les monstres réunis en dehors, mais à ceux seulement qui se trouvent joints par toute la région latérale de leur corps.’ Soient maintenant les monstres doubles inférieurement,

mais simples supérieurement : la terminaison adelphe indi-

que conventionnellement ce caractère. Les trois autres sont implicitement contenus dans une expression exacte du lieu de l’adhérence: car il suffit de déterminer l’organe ou la région par laquelle se fait la réunion, pour exprimer aussi la face par laquelle se regardent les deux individus compo- Sans , et même tout ce qui manque au monstre pour être complétement double. En effet, un monstre de ce groupe

‘est nécessairement simple dans sa partie supérieure, à par-

tir du lieu de la réunion. C’est ainsi que le mot xiphadelphe ( fratres æiphoïde juncti ) , non seulement conviendrait (1) très-bien aux monstres doubles au dessous de l’appendice xiphoïde, mais même en renfermerait implicitement tous les

caractères essentiels (2).

(x) Ce genre n’a point encore été établi.

(2) Le genre /schiadelphe de M. Dubrueil n’appartenant pas au groupe des monstres doubles inférieurement et simples supérieurement ; il

devenait nécessaire de modifier ce nom, comme je l'ai indiqué dans MON Mémoire déjà cité. C'était alors le seul changement que nécessität

l'établissement de la nouvelle nomenclature : mais la publication

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L'inverse a lieu pour les monstres simples inférieurement, mais doubles supérieurement ; condition qu’exprime la ter- mimaison dyme. La fille dicéphale, Ritta-Cristina, qui a fixé dernièrement l'attention des naturalistes et des méde- cins de Paris, se rapporte à ce groupe de monstres , et le genre auquel elle appartient devra, d’après les principes

que j'ai indiqués, prendre le nom de ziphodyme ( gemellæ æyphoïde junctæ ).

Outre les monsires des rois groupes précédens, qu’il

sera facile de dénommer de la manière que je viens d’indi- quer , il en est d’autres en petit nombre, principalement remarquables, par l’imégalité de volume des deux individus dont le monstre est composé: ce sont ceux que j'ai dé- signés dans leur ensemble sous le nom d’hétérotypiens. Tel est parmi les monstres doubles inférieurement et simples supérieurement, le genre hétéradelphe, déja dénommé par mon père, et dont le nom exprime suflisamment les carac- ières.. Ses analogues se retrouvent dans les autres groupes de monstres, et prendront les noms correspondans d’hétéro- dyme et d'hétéropage. “3

On voit par cet exemple et par celui des genres æiphopage, œiphodyme, æiphadelphe, déjà cités, que les noms que je propose, lorsqu'ils s'appliquent à des genres analogues à quelques égards, quoique appartenant à des groupes diffé rens, Indiquent à la fois et leurs rapports et leurs dissem- blances. On voit aussi que , quoique la nomenclature que je propose doive se composer d’un grand nombre de noms, puisqu'il existe un grand nombre de genres, on pourra créer tous Îles mots nécessaires, en se bornant à combiner avec les trois terminaisons dyme, page, adelphe, un très-

ü

récente de l'ouvrage de Gurlt entrainera quelques autres modifica- tions.

MONSTRES GOMPOSÉS. 47

petit nombre de radicaux, tels que sterno,.gasiro æipho , céphalo, hétéro, etc, la plupart connus de tout le monde, Rien , par conséquent, ne sera plus facile que de se familia- riser avec leur emploi, | ù F fs #05 + Quant aux monstres triples, ils se trouvent pour ainsi _ dire dénommés x l'avance : car leurs genres étant analo-

MR 7. + ; . : . CE . gues aux genres des monstres doubles, il suffira d'intro- . duire dans la composition des noms génériques, l'indication

PE _ de leur nature tiple (1); d'appeler, par-exemple, tri œt-

_phodyme ( trigemelli xiphoïde Jjuncti ) le genre analogue auX* æœiphodymes ; tri-æiphadelphe (tres fratres æiphoïde

_ juncti), le genre añalogue aux æiphadelphes; et ainsi de tous les autres que la nature pourra présenter à l’obser- vatlon.

. Ainsi, en adoptant les principes et les bases que je viens d'exposer, on obtiendra une nomenclature rationnelle , méthodique, de l’usage le plns facile, et offrant véritable- ment tous les avantages que l’on pouvait chercher à obte- nir. En effet, quoique tous Jes termes employés soient courts et faciles à comprendre : 4°: Chaque nom conviendra parfaitement au genre au- quel il sera appliqué, et ne conviendra qu'à luiseul..

Ilindiquera les caractères essentiels du genre, et en renfermera en quelque sorte une.description succincte et analytique. | HALO: | s. “5° On'peut ajouter qu'il suffira de ‘connaître le nom d’un genré pour connaître aussi la place qu'il doit occuper dans la classification (ce qu’indique la terminaison ), et

..i) L'indication de la duplicité pour les monstres de la première sous-classe , est au contraire tout-à-fait inutile, et ne ferait qu’allonger etcompliquer inutilement les noms. C'est ainsi que le mot jumeau est Presque toujours substitué dans le langage ordinaire au mot bijumen#; la duplicité étant sous-entendue. she

1 Ÿ 3 nn RAM LUN EL da. re TP " k 7 Br def à d

48 PARTIE II. NE son caractère distinctif, par rapport aux groupes voisins ( ce qu’indique la première partie du nom ). je 4e Enfin, lorsqu'un genre de monstres doubles offrira des rapports remarquables avec des genres appartenant à d'autres groupes, même à une autre sous-classe » par exemple, aux monstres triples, son nom renfermera dans sa première partie l’expression de ces rapports.

CHAPITRE PREMIER.

DES MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS.

Division en trois genres. Pygopages.— Histoire des AR groises Hélène et Judith, Métopages. Céphalopages. Remar- ques sur les monstres doubles eusomphaliens.

En considérant comme l’état normal par rapport aux

monstres doubles, et en prenant pour point de départ le type représenté par deux individus distincts, complets et réguliers , on doit nécessairement placer en première ligne les genres caractérisés par une duplicité presque parfaite , et ceux surtout dont les deux corps sont le plus complétement isolés. À ce double titre ; les monstres donbles eusompha- liens précèdent nécessairement tous les autres ; puisque leurs caractères consistent dans la réunion de deux sujets à peu près complets , pouvant accomplir indépendamment l’un de l'autre la presque totalité des fonctions vitales, et dont chacun a même son ombilic et par conséquent aussi, durant la période fœtale, son cordon ombilical distinct,

5 Fr + D j _ , à _-MONSTRES DGUBLES RUSOMPIALIENS. CE

NT Les eusomphaliens sont-même encore tellement rappro-

__ chés du type normal, qu'il me suflirä toujours , sans les décrire complétement, d'exposer en peu de mots les modi-

© fications irès-peu nombreuses qu'ils ont subies dans la ré- | Sion de l'union. | |

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"0 S L Histoire spéciale et description des genres. 3 è Ex CE TT. ss % $ « à , s:

= : Cette première famille serait dès à présent riche d’un grand nombre de genres, si l’on adrmettait, sans une cri- . _ tique sévère, tous ceux que les anciens auteurs ont indi- qués et même figurés. Mais si l'on écarte tous les types dont l'existence est ou très-douteuse ou même certainement fausse, pour se renfermer dans le cercle des faits authenti- ques , on ne trouve plus à établir, parmi les monstres eus: omphaliens, que trois groupes génériques. Très-naturel- lement divisés en deux sections suivant [e lieu de l'union, ces trois groupes sont les suivanst |

À. Union sous-ombilicale,

. < : È : e ee PÉPSÉe re ii 13 : E GREAT Deux individus à ombilics distincts, RE

réunis, dans la région fessière. . . . . Genre I. PyaoPacr,

LI # = :

"FC © "B. Union sus-ombilitale. 20 Deux fins à ombilics distincts, ayant leurätêtés réünies supérieure- ; ment front à front. ., .. .. .,,. Îl, Méroracr. 3 Deux individus à ombilics distincts, ayant leurs têtes réunies par les som- pr: : mets en sens inverse. . . ., , . ..

L

III, CÉPHALOPAGE.

k j , ss Ces trois genres, comme tous ceux dans lesquels l'axe k d UMon est perpendiculaire aux deux axes vertébraux placés

FIE, #

De

50 PARTIE NI.

bout.à bout, sont d’une extrême rareté, C’est au point que, sur les trois, il en est deux, les genres pygopage et mé- |opage> Que je n’ai jamais pu voir et étudier par moi-même.

Genre I. Praorace , Pygopages.

_ La réunion denx individus par la portion inférieure et postérieure du tronc (1) caractérise ce genre, le premier de la série dés monstres doubles suivant l’ordre naturel , et'eniême temps, par une heureuse rencontre, ‘celui de tous dontdes conditions organiques sont le plus universelle- ment*connues.

C'ést eneflet au genre pygopage qu’appartient un mons- tre double, bifemelle, en 1701 à Szony, bourg de Hongrie; baptisé sous le double nom d'Hélène et de Judith ; offéét à sept ans en spectacle à la curiosité publique; pro- mienéléuccessivérnent en Allemagne ;'en Italie, en France, en Hollande, en Angleterre, en Pologne ; placé à neuf ans, par les soins charitables de l'archevêque de Strigonie, dans nn couvent de Presbourg (2), il mourut dans sa vingt- deuxième année; examiné pendant ses voyages par tout ce

_ (x) De le nom que j'ai donné à ce genre dans mon mémoire sur la nomenclature des monstres doubles (voyez, Annales des sciences naturelles | t, XX, p. 338) Il est formé de ruyà ou rùë ( d'où rvyds ); Jesses, région fessière, et de la terminaison pages, dérivée de ruyels, Unè, composé de plusieurs parles, el COMMUNE à tous les mons- tres doubles supérieurement et inférieurement (voyez pts haut, p. 43). —Guürir, dans son Lerb. der path: Arû@t, der Haus-Sœugethiere,n-8e, Berlin 1832 (voyez part, IL, p. 334 ), a depuis donné nom très-peu

différent de prsodidymus au même genre, mais en confondant avec lui

quelques monstres doubles d’än autre genre et même d’une autre famille que je décrirai par la suite sous le nom d’ischiopages,

(2) Etnon Saint-PétérSbourg ; comme il est dit presque partout par erreure

C ‘4 : er: PR

:

MONSTRES DOURLES EUSOMPHALIENS. Da

1 que l’Europe comptait alors de physiologistes, de psycho

L logues , de naturalistes ; plusieurs fois décrit et figuré dans

| _ d’importans ouvrages , tels que l Histoire naturelle de Buf. fon (1) et les Zransactions philosophiques (2) :. célébré - r à même par plusieurs poètes, au premier rang desquels se

| place l’illustre Pope; enfin mentionné presque sans auz Cune exception dans tous les ouvrages tératologiques qui ont paru depuis un siècle et plus. Cet être double, connu

Systema nat, de LINNÉ, LL : E.7 _ (2) Foyez: Torxos ( et non Tortos ), Observat, anatomico-med. de morstro bicorporeo virgineo, etc., avec pl. ; dans le tome L, part. I, p- 811, ann. 1387. Cette communication, faite en 1951 à la Société À royale de Londrés, et dont quelques extraits furent alors publiés; + ayait été tirée en grande partie, par l’auteur, des papiers de RAYGER, son beau-père, qui avait été le médecin du couvent de Presbourg Hélène et Judith passèrent les douze dernières années de leur vie, . Burner, Letter ; ibid. , p. 815 , avec une autre planche. Cet auteur les. avait au contraire examinées lui-même dans leur enfance en Hollande. Paris pu Pressis, ibid. p. 317. Ce dernier article est un court ex- trait d’un manuscrit tératologique à un auteur qui avait vu-aussi | lui-même Hélène et Judith, alors en Angleterre. Mais le meilleur Wavail que l'on puisse consulter sur ces malbeureuses: filles, c’est un fragment (reproduit dans les Pics. Trans., ibid., p: 318 ) d’un Ouvrage de G. Cornerius DRiEsourus, intitulé Æistoria magñæ legationis césareæ quam Caroli Vlausp.suscepit Darmiañus Hugo Virmonduus, p. 41. Hélèné et J udith avaient dix-neuf ans; lorsque fn é à ellessJes ébseryations rapportées dans cet Ouvrage, : sur Hélène ét Judith : ETTMULLER, Diss, mg, 1707. Harrsonxer, Suite

(1) Supplément IV, p. 578, pl V; d’après l'édition aHemande du

0 s Ds Mine

Vienne, 1529, rent faites sur Voyez encore de monstro hungarico, Leip- des conjectures physiques | in-40 , Am- stérdam, 1708, p.147. Brrrus, Notiria Hungariæ nov, in-fol. , Vienne, Enfin le Commercium litter. de Norimberg d 1736 ,sem. III, P.22: cedernier article n’est qu'un extrait de l'ouvrage de Drieschius.— En comparant entré eux ces divers documens , on reconnaît que Par ticle publié sur le même Sujet par Buffon , et que l’on trouve repro0- Ml.en.entier ouen partie dans plusieurs ouvrages modernes , n’est

# à + Er S : Lis À lui-même qu'un abrégé peu fidèle de Ja notice de Torkos.

{ }

59 PARTIE ll.

par de si nombreux documens , est celui que je prendrai pour typ@ du genre pygopage, et que je vais étudier spé- cialement, soit dans sa conformation anatomique , soit dans ja merveilleuse harmonie de ses doubles fonctions.

- Hélène et Judith, placées à peu près dos à dos, étaient réunies extérieurement dans la région fessière et une par- tie des lombes. Les organes sexuels externes offraient des-traces évidentes de duplicité ; mais il n’existait qu’une seule vulve, située inférieurement et cachée entre les quatre cuisses : le vagin, d’abord unique, ne tardait pas à se diviser en deux vagins distincts , et tout le reste de l’ap- pareil sexuel était double. De même, ilexistait deux intes- tins réunis seulement vers leur orifice en un canal commun, et aboutissant par leur extrémité commune à un anus placé entre la cuisse droite d'Hélène et la gauche de Judith. Il en était de même encore des deux rachis, réunis seulement à partir de la seconde pièce du sacrum, et terminés par un coceyx unique. Enfin les deux aortes et les deux veines caves inférieures s’unissaient par leurs extrémités, et établissaient ainsi deux larges et directes communications entre les deux cœurs. De une demi-communauté de vie et de fonctions, source de phénomènes physiologiques et pathologiques du plus: haut intérêt.

Les deux sœurs n’avaient ni le même tempérament ni le même caractère. Hélène était plus grande, plus belle, plas - ‘agile, plus intelliÿente et plus douce. Judith, atteinte,

à l’âge de six ans, d’une hémiplégie , était restée plus pes tite et d’un esprit lourd (1) : elle était légèrement conire- faite, et avait la parole un peu difficile. Toutes deux se portaient une tendre et mutuelle affection, et chacune, dit

(x) Elle parlait néanmoins, comme sa sœur, trois langues, le hon- grois, l'allemand et le français. Hélène et Judith avaient aussi appris pendant leurs voyages un peu d'anglais et d'italien,

MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS, 59 un auteur contemporain , souffrait autant, de Ja triste posi- tion de sa sœur que de sa propre infortune. Cependant, durant leur enfance, il leur arrivait fréquemment de se quereller et même de se frapper l’une l’autre à conps de poings : quelquefois aussi la plus forte ou la plus irritée soulevait l’autre sur ses épaules , et l’emportait malgré elle. Les règles parurent chez toutes deux vers seize ans, mais non en même temps, et il y eut toujours depuis des diffé-

rences entre elles pour la durée , la quantité et l’époque de

l'écoulement menstruel, malgré l’unité de l’orifice extérieur de l’appareil sexuel. Elles éprouvaient simultanément le besoin d'aller à la selle ; mais: séparément celui d’ uriner.

Elles pouvaient marcher, soit en ayant, soit en arrière , mais avec lenteur, et asseoir en faisant éprouver à leurs

corps une torsion peu commode. L’une étant éveillée, on Yoyait quelquefois l’autre dormir, ou bien l’une travaillait et l'autre se reposait. Elles. avaient eu. simultanément la rougeole et la petite-vérole ; et si d’autres. maladies n ’attei- gnirent que l’une des deux sœurs , l’autre avait du. moins des accès d’un malaise intérieur , et était en proie à un. vif sentiment d’anxiété. Frappés de cette déplorable solidarité

entre les deux sœurs, trop bien expliquée par leur organi- sation , les médecins annoncèrent que la mort de l’une d’elles aurait pour suite-nécessaire et presque immédiate

celle de l’autre. Dans uné grave maladie que fit Judith à

dix-neuf ans, on crut même devoir préparer aussi à la mort Ja malheureuse Hélène , et lui administrer , encore pleine de vie, les derniers sacremens. Judith guérit cependant ,

mais pour succomber trois ans après, à une maladie de

l'encéphale et des poumons; et alors se vérifièrent les horri-

bles prévisions des médecins. Atteinte depuis plusieurs jours d’une fièvre légère, Hélène perdit presque tout à coup ses forces, tout en conservant l PRÉ sain et la parole li-

Y u

: PARTIE IL

bre. Après une courte agonie, elle succomba, victime, non sa propre maladie, mais de la mort de sa sœur : toutes deux expirèrent presque dans le même instant ! Ainsi périrent ces deux malheureuses fillés , unies entre elles pour leur malheur par des liens Indissolübles, et condamnées ; par une affreuse et inévitable fatalité, à souffrir pendant toute leur vie, puis à mourit l’uñe bar l’autre.

rer

Une telle association est heuretsément aussi rare qu’af- fliseante pour l'humanité : à peine Six Sépt autrespy- gopages sont-ils connus, ét aucun d'eux n’a eu, dirons- nous ? le bonheur 6t 18 malhéur de sütvivre longtemps à sa naissance. Treyling (1), l'est vrai, rapporte l’histoire de deux filles nées en Carniole, préciséent ün an avant Helène et Judith , ét comme éllés, pleines Vie, quoique affectées de la même Monstruosité. Un chirurgien conçut la pensée de les séparer l’une de l’autre et de les réndre à l’état normal : maïs ses tentatives provoquèrent de violentes convulsions , et elles périrent dans leur quatrième mois. Est-ce seulement parce que ce chirurgien , contrairenmienta l'avis de tous ses conlrères ét à toutes les règles de la mes decine opéraloire , préféra la cautérisation à la section? Il Sérait du. moins permis de pénsér qu'une telle opération ,

p 4 3 S NET _ # CRE dd men, AS . nr dll A ——

De mer reins

(1) Voyez Gemellé mediantibus ossibus coccygis sibi invicem connätæ,, dans les Ace, acad. nat. cur.;t V, p.445, obs. 133. Poyez aussi d'autres exemples de pygopagie dans.les ouvrages suivans : Commerc. lie, de Norimberg, ann, 1743, semaine XI, p. 87. C. F. WOLF, Notice touchant ur Monstre biformé dans les Acta Acad. scient. pel'op. pro anno 1778; part. T, p. 41, &indiqué ün autre pygopage en Russie en 1998, et mort à l’âge de deux mois. Warrer, Musæum anat, part, I, p- 128, 2997. Norians , Sur deux jumeaux accolés dos ÿ dos, dans les Bulletins de la Fac. de Médec., ann. 1818, n°I, Pe 1. Barrow, Monstra anim. duplicia per anat, indagata ,t. I, Leipzig, 1828, p. 1,pl.L Ce dérnier pygopage était en Hongrie comme Hélène ef Judith,

des deux systèmes vasculaires.

MONSTRES DOUBLES | BUSOMPHALIENS. _ se

faite par la méthode et-au moment le plus favorables ; eût eu quelques-chances de succès, s’ilest vrai, comme le dit Treyling, qu'il y eût seulement adhérence des deux coceyx à leurs extrémités ei communauté de l’anus. Malheureuse- ment l’auteur ne décrit pas l’organisation intérieure, et ne nous donne pas même la mliros notion sur les: are pporis

En nous laissant dans le doute si Ja: séparation chieugie cale des deux-individus composans serait possible) dos quelques cas, l’extrême rareté des pygopages nous ‘privé aussi de: decumen$ suffisamment complets sur les circon- stances-de leur naissance. Je crois cependant pouvêéir aflir- mer, par analogie, qu'ils naissent: ordinairement ayant térme (1), et, surtont ; il est certain que F'extrêté ton: plication de leur organisation rend" difficileiet laborieux ;

mais non impossible, l'accouchement naturel. Dans une notice sur Hélène et\dudith, un-auteuri digne. de foi (2)

nous apprend qu’Hélène parut d’abord et sortit jusqu'à l'ombilie, et que: le reste de. son: corps; de même que le corps tout entier: de Judith, ne fai entièrement dégagé que

o Wii è Ge < mentionne en tr oïs, SH un pYgopage bi-fe- melle, comme sujets précédens | ét ayant N 2 Rienn ‘indique

si l’auteur veut parler de neuf mois de vie ou de neuf mois de gesta- tion; cet S'il parle d’après dés renseignemens certains ou d'après: üne

sep et vague appréciation du volume des individus : composans.”

(2) Poyéz TorKo$, loc. ci, p. 31r. 2 Cet'auteur attribué la nais- sance d'Hélène et de Judith à l'influence l'imagination d de leur

mère, frappée , vers le commencement: de la grossesse , de Ja vue de

deux chiens accouplés. Il est cuifeüx d’avoir à Yemarquer que celte bizarre explication avait déjà été donnée long- “temps atpäravant Pour une'autre monstruosité au Moins très-voisine de la pygopagie : Voyez Ruobrus, dans les Ephem, nat. cur., déc. IL, ann. 5, app., p: 55- L'observation > trop imparfaite pour qu’il soit possible de donner une

détermination exacte de la monstruosité, a or üitre: G Gemelli, Lil instar , in utero cohærentes,

56 2 PARTIE HE long-temps après. La mère non seulement survécut à cet accouchement Jaborieux, mais on sait par divers témoi-

n . . n guages qu elle eut depuis plusieurs enfans robustes et bien conformés.

La pygopagie, rare chez l’homme, l’est également chez les animaux. Gurlt, dans son important travail sur les monstruosités des mammifères domestiques, en figure un exemple chez le veau (1) : les deux corps, unis par les croupes , sont dirigés horizontalement en sens inverses $ les deux queues, jointes seulement à leur origine, sont libres daus leur presque Lotalité, IL n’y a évidemment qu’un seul anus, quoiqüerl’anteur ne décrive point dans son texte et n'ait point fait représenter dans sa planche le mode de terminaison et de jonction des deux-rectams (2).

A > Genrs IX, Méropaex , Metopages (3).

Gegenre, quoique analogue au précédent parles conditions fondamentales de son: orgänisation ; est caractérisé par un mode d'union précisément inverse : c’est par l'extrémité Céphalique, front à front, et vertex à vertex, que se réu-

.K), Loc, cit, pl XV, fig..6. l’oyez aussi le texte, part. IL; p.335.

(2) Gurlt mentionne troisautres cas chezle veau (parmi lesquelsdeux d’apres:les indications très-imparfaites d'ÂALDROVANDE ; Monstr. histor., p. 665, et de Rzaczynsur , Hist, natur. curios, regni Poloniæ , tract. XIII, sect, Il, p. 1269), et un autre exemple chez le mouton. Maïs ilest évident que Gurlt Comprend parmi les vrais pygopages ( oU Comme il les appelle pysodidymes ) des monstres d’une organisation très-diffé- rente. D'un autre côté, il ne donne jamais que des indications très- succinctes et insuffisantes, et c’est pourquoi je me borne à citer comme exemple authentique de pygopagie parmi Les animaux, le veau dont ik. donne. la figure.

(3) Ce nom, qui résume en lui les caractères du genre, est formé du

MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS. 57

nissent dans la métopagie les deux individus composans ;. ious deux offrent, d’ailleurs, comme les deux individus composans dans la pygopagie, une conformation générale- _Ment normale, le lieu de l'union excepté. | Plus rare encore que la pygopagie , la métopagie est ce- pendant connue à la fois chez l’homme, et, bien loin de l'espèce humaine, dans la classe des oiseaux.

; Chez l’homme, il est même un métopage dont l’obser- vation remonte à plus d’un siècle et demi , et dont l’histoire, presque oubliée aujourd’hui, et bannie, à peu d’exceptions près, de tous les ouvrages récens de tératologie , a eu pres- que autant de retentissement aux seizième et dix-septième siècles (1), que celle d'Hélène et de Judith au dix-hoi- tième, C'était encore un sujet bi-femelle. Les deux sujets Composans, accolés par les parties antérieures et supérieures

3 Y :

radical commun ræysis, wi, réuni, et de éroros, front, région antérieure et supérieure de la tête. On voit , d’après ces données étymologiques, que le MOL métopopagie eût été plus régulièrement formé : mais j'ai cru utile de faire pour ce terme trop long et mal consonnant ce que l’usage a depuis loug-temps permis pour d’autres dérivés du mot pérwros, tels us métoposcopie métoposcope, etc. ; qu’on SO vos FRerOCOpe ; metoscope. E: & %

(r) Elle est rapportée avec plus jou moins de détails par un grand nombre d’auteurs, tels que Carpan; De subtilitate , liv. XII; Gemma, Cosmocrit,; liv. I, chap. 6; Paré, Licerus, SCHENCKIUS, ALDROYVANDE, dans leurs recueils tératologiques ; enfin En. Kozwrc , dans les £phem.

nat. eur., déc. IE, ann. VIIT, obs. 145 » ann. 1680. Mais presque tous ont

puisé leurs renseignemens à la même source, c’est-à-dire dans la Cosmo- graphia universalis de Ses, Müxsrer , qui était, comme on sait, non un naturaliste ou un médecin, mais un docte hébraïsant, et dont le té- moignage ne saurait être une grande autorité dans une telle question. Îlest à peine besoin de rappeler que les figures qu’Aldrovande et les. autres anciens tératologues ont données de ce monstre, doivent être CoMptées pour rien, les auteurs de cette époque ne se faisant/aucun scrupule de composer des figures d’après de simples rénseignemens.

58 to PARTIE HE

de io têtes , étaient, dans leur situation ordinaire, pla- cés parallèlement l’un à l’autre, et opposés front à front , face à face , ventre à ventre. Comme Hélène et Judith, ces deux sœurs ne pouvaient se coucher, se lever, marcher qu’ensemble, et quand l'une avançait , il fallait que l’autre rec ulât : mais, de plus, chacune d'elles, ayant toujours sa sœur en face de ses yeux, ne pouvait apercevoir que de côté lesobjetsenvironnans. Elles vécurent ainsi jusqu’à dix ans. L'une d'elles ayant survécu à l’autre, on se détermina, au rapport des auteurs contemporains, à la séparer du ca- davre de sa sœur : mais l'opération, comme on devait s’y attendre, n'eut aucun succès. Les auteurs ajoutent que la mère de ce métopage, durant sa grossesse, et une autre femme s'étaient rencontrées tout à coûp lüne au devant de l'autre et frappées front contre front : circonstance à la- quelle , suivant les idées alors dominantes dans la science , ils s'accordent presque tous à rapporter l'origine dela monstruosité. .

Ce cas, quoique les détails étendus et précis quedes au- teurs nous ont transmis sur lui, en attestent l’authenticité, serait loin de suflire à l'établissement d’un genre tératolo- gique. Mais deux autres cas de métopagie me sont connus chez l’homme par divers documens.

Ainsi, j’ai sous les yeux le dessin très-fidèle, et évidem: ment fait d’après nature, de deux crânes réunis Jun à l'autre par les bords supérieurs de leurs coronaux, de leurs pariétaux et de leurs occipitaux. Îl n'existait donc qu'une seule, mais irès-vaste cavité erânienne ; logeant les deux encéphales , séparés l’un de l’autre, suivant toute vraisem- blance, par une cloison membraneuse formée des méninges réunies des deux sujets. :,

Je dois à M. de Blainville la communication de quelques

notes qu'il a prises à Londres sur un dessin conservé de-

MONSTRES DOUBLES. EUSOMPHALIENS. 9

puis fort long-temps au Collége des chirurgiens , et qui, s'il laisse À désirer du côté de la précision , paraît du moins _ authentique et fait d’après nature. Le monstre qu’il repré- sente est tellement semblable aux deux filles décrites plus haut, qu’on scrait porté à croire à son identité avec celles- ci, Si l’on ne le savait d'une manière positive dans un autre pays et à une tout autre époque (1). Il résultait en effet aussi de l’union frontale et sincipitale de deux filles ayant leurs faces dirigées du même côté. Ge monstre, non seulement naquit vivant, mais même il prolonge sa: vie

au moins assez pour qu'on püût en faire le sujet de quelques ébservations, et très-probablement même l'objet d’une exhibition publique. Les deux sœurs dormaient quelquefois, et sans doute le plus habituellement, l’une en même temps que l’autre; mais on voyait quelquefois aussi l’une d’elles dormir pendant que l'autre em ou prenait de La nour-

riture.

Enfin, parmi les animaux, Tiedemann (2) a décrit et figaré récemment deux j Jeunes canards qui présentaient une _ Conformation moins très-analogue, les deux crânes dans leur partie antérieure et supérieure , et même d’un côté les deux cerveaux, se trouvant réunis l’un à l’autre. Ces deux jeunes canards, opposés face à face et à becs presque conti- gus, parvinrent au terme normal de l’incubation , et brisè- rent, comme les autres, la coquille de leur œuf : mais leur éclosion fut très promptement suivie leur mort, Ce cas n’offre donc pas à beaucoup près l'intérêt que présentaient deux des exemples précédens ; mais son authenticité est

(x) Prés de Bruges, en Flandres , le 6 mai 1682. . était | | long. -temps auparavant près de Maïence.

| (2) Voyez Zeïschrift für Physiol. t IT, re cah., ‘1820, P- 5, PRIE Cest sans doute le même ‘cas qu indique HAINE DEsCTe mOnSIrOrum apiuih , "ete, Thèse, in-8°, Berlin, +824, à P-33 |

60 PARTIE II.

à l’abri toute contestalion, et il est, sous ce rapport, très-précieux pour la tératologie.

Genre II. GérnazoPaGE, Cephalopages (1).

Cette monstruosité, irès-rare aussi chez l’homme, et encore inobservée chez les animaux, est très-voisine , mais très-distincte du genre précédent. Comme la métopagie, la céphalopagie nous offre le singulier assemblage de deux sujets n’ayant entre eux de rapports par aucun point du tronc ou des membres, et réunis seulement par les sommets des deux têtes : mais ici la relation réciproque des deux têtes et leur mode d’union est très-différent et beaucoup plus remarquable encore. Le front de l’une ne se joint plus

(x) Du radical commun rayels, et de xepx)y, tête. Ce nom indique bien que l'union est dans ce genre étendue à une très-grande partie de la tête; mais il n’exprime pas un autre caractère plus remarquable encore; l'union en sens inverse. En publiant danses planches qui ont paru avec le premier volume de cet ouvrage, la figure d’un monstre de de-ce genre, je l'ai indiqué sous le nom de céphaliade qui est imparfait, et doit être banni de la nomenclature tératologique, J'avais cru à tort devoir établir une famille à part, et, par suite, adopter une terminai- son distincte pour les genres dans lesquels les deux corps réunis seule- ment par leurs extrémités, sont placés bout à bout. Or; cette disposition est Sans importance en elle-même, et de plus variable, comme il est facile de le montrer. Un céphalopage, et de même un pygopage , peu- vent, par Un simple changement de situation , placer leurs corps bout à bout, ou bien l’un à côté de l’autre, ou même encore perpendicu- lairement l’un à l'autre, comme je m’en suis assuré depuis par l’exa- men d'un céphalopage. De telles mutations sont même extrêmement faciles, tant que l’ossification est peu avancée, et qu'iln‘ya point sou- dure entre les os de l'un et de l’autre individu composant, 1] n’y a donc aucun motif pour séparer les céphalopages des autres monstres doubles eusomphaliens , et par conséquent pour ne point appliquer à leur dénomivation générique la termipaison commune,

és]

MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS. ES aix front de l’autre , mais à son occiput, et réciproquement, en sorte que, l’un des deux sujets composans regardant d’un côté, l’autre a nécessairement le visage tourné en sens inverse. En d’autres termes , la face ventrale de l’un d’eux fait suite, non à la face ventrale de l’autre , Mais à sa face dorsale; et si l'an est dans la supination, l’autre est nécessairement dans la pronation,

Ainsi l'axe d'union divise bien un céphalopage, comme tout autre monstre double autositaire , en deux parties sen- siblement égales , en deux moitiés composées d’organes ho- mologues ; mais, par une grave exception aux caractères les plus généraux des monstres doubles, ces deux moitiés ne sont point disposées symétriquement des deux côtés du plan d'union. | ; |

Le caractère vraiment exceptionnel des modifications organiques qui distinguent les céphalopages, en explique-t-il suffisamment la grande rarelé ? Toujours est-il qu’un très- petit nombre d’exemples sont encore connus ; et peut-être

même n’eussions-nous pu trouver dans la science les élé-

Mens nécessaires à l'établissement de ce genre, si un monstre à Paris en novembre 1829, n’en fût venu re- produire le type sous nos yeux. Je dois à l’obligeance de M. le docteur Villeneuve d’avoir pu examiner ce sujet le lendemain de sa naissance; mais ce savant médecin en à lui-même publié une description aussi exacte que détail-

lée (1), et je ne puis mieux faire que de renvoyer à son

(x) Voyez Description d'une monstruosité consistant en deux fœtus hu-

Mains accolés en sens inverse par le sommet de la tête, in-4° , Paris , 183:,

avec une planche, qui est reproduite dans notre atlas , pl. XIX. Les JOUrnaux de médecine pour novembre et décembre 1829, contiennent AUS! pour la plupart quelques renseignemens sur ce monstre, ex-

trails dune communication faite par M. Villeneuve à l'académie de médecine, S .

Go PARTIE III.

travail, en me bornant à reproduire ici les ee les plus importans.

Le céphalopage de M. Villeneuve était composé de deux . fœtus mâles, placés bout à bout presque exactement en ligne droite, et généralement bien conformés , sauf la ré- | gion sincipitale. © union se faisait par présque toute l’éten-

due de la face supérieure de la tête, et les limites des têtes de l’un et l’autre sujet ne se rot éent même indiquées à l'extérieur que par une légère dépression. La peau en- levée (x), on trouva, comme on l'avait prévu , que les os frontaux, pariétaux et occipitaux ne se réunissaient point entre eux, chez chacun des sujets composans, pour former la voûte du crâne, mais étaïent écartés et correspondaient par leurs bords aux os crâniens de l’antre sujet, savoir, les pariétaux aux pariétaux , et les occipitaux aux frontaux, Les deux crânes se trouvaient ainsi associés ét réunis en ün seul crâne double : maïs à l'intérieur les deux cavités encépha- liques, et par conséquent les deux encéphales, dont la forme était anomale, se trouvaient complétement séparés par les dures-mères. On ignore si ce monstre remarquable, à sept moïs environ, et nourri par deux cordons insérés sur un seul placenta, donna en naissant quelques signes de vie; mais

d’autres observations suppléent ici à celles que n’a pu in M. Villeneuve (2 es

__ (1) La dissection du CÉRRNORREE de M. Vienne a été faite par M. #4 ‘eschet.

(2) Un autre cas .de céphalopagie dans lequel la vie parait de même s'être éteinte AU Moment de la naissance, a été décrit par Bétéews dans sa dissertation De monstris dupl. werticibus ënter se janetis, Berlin, 1821. Comme dans le cas de M. Villeneuve, les deux cerveaux étaient distincts : mais le sexe était bi-femelle, et l'un des sujets composans ! était affecté de hec-de-liévre,

MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS. 63 .… L'Histoire de l’Académie des sciences pour 1708 (1) fait mention d’un autre céphalopage plein de vie , et qui re- | çut le baptême. « Le crâne, dit l'historien de l’Acadé- Va »mic, pouvait faire croire qu'il n’y avait qu'un cerveau, » Et sur cela on avait fait quelques scrupules au curé, qui les » avait baptisés comme deux individus. Cependant, à considé- » rer les mouvemens qu'ils avaient indépendamment l’un de » l’autre , il était plus probable que chacun d’eux avait son » cerveau séparé. » L'auteur de cette observation intéres- sante, mais très-incomplète, Hémery, médecin à Blois, nous apprend aussi que l’accouchement avait été très-fa- cile, l’un des deux fœtus étant venu les pieds en bas et J'autre les pieds en haut, vas de citerai encore un autre céphalopage qui a été indiqué, mais d’une manière plus succincte encore, par Albrecht (2),

en décembre 1733 , ce sujet bi-femelle était encore vivant et bien portant en mars 1734. À en juger par la figure que l’auteur ajoute à sa note, et qui représente cet enfant double dans son double berceau, les deux sujets com- Posans n'étaient point placés ordinairement suivant ane même ligne droite, comme dans le cas de M. Villeneuve, mais faisaient entre eux un angle droit (3). |

Fat : 3 _(r) Page 39.— Le sexe de ce sujetn’est point indiqué.

(2) Commercium litter, ad rei med, et scient. natur, incrementum, No- rimberg, ann. 1736, sem. IT, p.22, pl. IX, fig. ro.

(3) Après ces quatre exemples de céphalopagie successivement re- cueillis par Hémery, Albrecht, Barkow, M. Villeneuve, et dont la détermination peut être donnée avec certitude , j'indiquerai quelques monstres imparfaitement connus que l’on ne peut rapporter qu'avec doute, soit aux céphalopages, soit aux métopages.—T'el est le monstre | double représenté par REGKAULr, Écarts de la nature, pl. XL. La figure La _ est Si imparfaite qu’elle n’exprime même pas d’une manière précise la POS on relative des deux faces. Il y a tout lieu de croire que cette figure à été faite de mémoire, ou tout au plus d'après un monsire

PARTIE TITI.

On ne peut donc douter que les céphalopages puissent survivre à leur naissance, non seulement de quelques jours, mais même de plusieurs mois ; et il y à Même tout lieu de croire que leur existence peut avoir encore une bien plus

Jongue durée. ;

S IL, Remarques générales sur les monstres doubles eusomphaliens,

La famille des monstres doubles eusomphäliens, com- prenant à la fois des monstres à union sincipitale , d'autres à union hypogastrique, semble au premier aspect as- socier entre eux des êtres très-différens. Mais si l’on pèse la valeur relative des divers caractères des mons- tres doubles, on reconnaîtra facilement qu’il n’en est point ainsi, et que des rapports réellement intimes lient les méto- pages et les céphalopages aux pygopages, même à ne con-

contenu dans un bocal et mal vu par le dessinateur. Je trouve des indices à l'appui de cette supposition dans le vague et la brièveté de l'explication jointe à la-planche, et dans cette circonstance que les organes génitaux des deux sujets sont complétement cachés par leurs maius ; l'artiste ayant voulu sans doute se dispenser d'indiquer le sexe, qu'il ne connaissait pas. M. VizLENEUVE, loc, cit., p. 19 et 20 ,indi- que comme analogues au céphalopage qu’il a décrit, deux monstres doubles dont M. de Blainville a vu à Londres les figures, dans un re- cueil appartenant au Collége des chirurgiens, et qui résultaient de l'union sincipitale de deux fœtus; mais j'ai montré plus haut, d’après des renseignemens communiqués par M. de Blainville, que l’un de ces monstres est un métopage, et non un céphalopage; et quant à l'autre, la disposition relative des deux sujets n’est pas assez bien connue pour qu’il soit possible de hasarder une détermination générique. Enfin je ne puis non plus que citer ici , faute de les con- naître assez exactement, les curieux monstres doubles à têtes réunies par les sinciputs qu'ont fait connaître Burpace , dans les Berichte von der kôn. anat. Anstalt zu K«nigsberg, ann. 1823-1824, et HarLes dans Jahrbücher der deutsch, Mediz, und chir,, 1 TEE, p. 17.

MONSTRES DOUBLES EUSOMPHALIENS: 65

sidérer que le mode d'union des individus composans. Les Caractères de ces divers genres ; pris dans toute leur géné- ralité; peuvent en effet se ramener à une expression COm- mune, l'union par les extrémités des deux corps: d’oùla Séparation complète et l'indépendance de la plupart des ap- pareils, notamment l'existence de deux abdomens; par suite, de deux ombilics distincts, et de deux appareils distincts de nutrition et de circulation, pendant la vie intra-utérine. | Ainsi le caractère qu’exprime spécialement le nom d’eusom- | Phaliens , s’il ne paraît pas par lui-même d’une très-grande valeur, renferme du moins en lui l’expression implicite de plu- sieurs modifications réellement importantes de lorganisa- | _ lion et des fonctions, etil caractérise à juste titre une famille.

Je ne craindrai donc point de regarder comme liés par des rapports véritablement naturels, les trois genres Pygopage, métopage et céphalopage , qui composent seuls encore cette famille (1), et d’embrasser dans de communes remarques, soit ces monstres eux-mêmes, soit les circon- | stances de leur naissance et de leur vie. 4

% (x) d’indiquerai ici succinctement les principaux types qui, si l’on en croyait quelques anciens auteurs, devraient être ajoutés aux trois genres que je viens de décrire parmi les eusomphaliens. Ces types au- - raient présenté les caractères suivans: s Union par les joues. On trouve, dans les anciens recueils déjà cités, quelques exemples de cette disposition; mais tous sont com privés d’authenticité. Union par les côtés du thorax ou de l'abdomen, Les anciens recueils tératologiques renferment quelques figures de sujets ainsi accolés, et dont chacun a son ombilic à peu de distance de celui de l’autre indi- vidu composant. Mais toutes ces figures sont faites seulement d’après les indications vagues des auteurs antérieurs ou contemporains , et | Feu d’après nature, et c’est le dessinateur qui a substitué à l'om- F bilie unique et médian deux ombilics latéraux. " Union simultanée par les joues et par les côtés du corps, GEMMA) loc. cit., copié par AzDROVANDE , Monstr. hist, p. 640, et par d'au-

plétement

TIX, :

LL Mers LE js : # le

KP

66 PARTIE TI,

En premier lieu, nous voyons, par comparaison des diverses observations que possède la science ; que ces monstres sont tous ou bi-femelles, ce qui est le‘cas le plus fréquent , bi-nrâles : aucun d'eux ne #’est trouvé com:

posé de deux individus de sexes différens.

Däns presque tous les cas Connus (1), léé deux sujéts LES Foi se sont aussi {rouvés entièrement normaux, région exceplée par laquelle se faisait l’uñion.

Tous, presque tous, sont nés vivans, et leur vie #’ést, dans plusieurs cas, prolongée long-temps après leur mais- sance,

S'il'est très-rare qu'ils parviennent à l’état adulte, c’est même en grande partie, du moins suivant touté app rence, à cause de l’époque ordinairement très-brématurée de leur naissance. | a Ajoutons en terminant, que la difficulté plus grande de

tres compilateurs, donne un cas de ce genre , également dépourvu de toute authenticité.

Union dorsale, PARÉ, Œuvres, édit, de 1683, p. 755; Curisrerr,

De partu gemellorum coalitorum, p. 41, Strasbourg, 1751, et quelques

autres, indiquent de tels cas qui n’ontrien d’authentique, Quant au monstre observé par BOUTHIER, et décrit dans! Hist. de l Acad. des sciences Pour 1927, p.22, son existence est mise hors de doute par une descrip- tion détaillée et assez précise : mais, par même, il est facile de voir qu'il n'appartient point aux monstres doubles eusomphaliens, mais à

une {ont autre famille, celledes sycéphaliens, et c’est tout-à-fait à tort

qu’on la.cité comme un exemple d'union dorsale.— C’est, au contraires aux eusomphaliens, mais au genre pyg0page, que se rapporte, Comme on j'a vu, un monstre décrit par le docteur NormanD, loc. ci, et qui, à en juger par le titre que cet auteur. a donné à son observa- tion, pourrai être pris pour un exemple-d’union dorsale,

(nil n’y a qu'une seule excéption- connue, encore «est-elle peu

remarquable. Foyez plus haut, p.62, la note relative au céphalopage

de Barkow.

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 67 l'accouchement (1), Surtout dans les cas de pygopagie, aug- Menie nécessairement de beaucoup ; pour des êtres aussi Complétement doubles, les chances de mort accidentelle Pendant ou peuaprès la partu rition.

ann

v ann

CHAPITRE IT.

DES MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS.

Division en cinq genres, Ischiopages. Avalyse de leur organi- sation. Complications diverses de l'ischiopagie. Ischiopages syméliens, Xiphopages, Séparation chirurgicale des deux in- dividus composans dans un cas de xiphopagie, Histoire des, Ju- meaux Siamois Chang et Eng. Sternopages. Ectopages. Analyse et comparaison des caractères de ces deux genres. Hémi- pages. Remarques générales sur les monstres monomphaliens.

Gette seconde famille est essentiellement caractérisée par

la réunion de deux sujets presque complets , à ombilic com-

mun. Les liens qui l’unissent à la famille précédente, sont très-intimes , et n’ont échappé à aucun des Lératologues qui se Sont occupés avant moi.de,la monetruosité double. Mais la communauté de l’ombilic , et quelques-autres conditions qui, dérivant de ce caractère fondamental, co-existent con- stamment avec lui, établissent entre les eusomphaliens et les monomphaliens des différences très-faciles à saisir, et ui ne permettent pas d’hésiter sur les dimites de .ces deux groupes. | |

* ()Foyez plus haut, p. 55, les circonstances de la naissance d'Hélène et de Judith.

PARTIE Ille S I. Histoire spéciale et description des genres.

Le tableau suivant présente les divers genres de monom- _phaliens divisés en deux sections suivant que l'union à lieu au dessous ou au dessus de l’ombilic commun. Les deux secLions correspondent évidemment aux deux sections que de semblables différences nous ont fait distinguer dans la famille précédente.

ot PT SE

À. Union sous-ombilicale.

Deux individus à ombilie commun, réunis dans la région hypogastrique. . Genre I. IscHroPacx.

B. Union sus-ombilicale,

> Deux individus réunis de l'extrémité inférieure du sternum à l’ombilic com-

RD LR ES eg ee IL. XxpnopAGe. 30 Deux individus à ombilic commun,

réunis face à face sur toute l’étendue

Un LRO ss III. SrerNorace. 4. Deux individus à ombilic commun,

réunis latéralement sur toute l’éten-

due duthorax, . +: ape ne à eee IV. Ecropace, Deux individus à ombilic commun, réunis latéralement sur toute l’éten-

due du thorax et du cou, et jusque

par les mâchoires, .. . . . +... . V. Héwpace (x).

(x) Ces noms, comformément aux principes de nomenclature ex- posés plus haut, sont tous composés de la terminaison page, indi- quant l’union de deux individus séparés supérieurement et inférieu- rement (voyez plus haut, page 43 ), et d’un radical indiquant le lieu de l'union. Il est sans doute à peine utile de rappeler à la mémoire des lecteurs de cetouvrage les radicaux: isyry, ischion, Etpds, épée, et, en ana- tomie, appendice ziphoide; crepvév, sternum, poitrine ; êxrds, dehors, en dehors , et ju, demi, On voit que ces divers noms indiquent les divers

5 af D “mr ES ==

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS, 69 Les genres de cette famille, beaucoup plus nombreux

que ceux de la famille précédente, sont en même temps presque tous, comme on va le voir, beaucoup moins rares chez les animaux et surtout chez l’homme.

Genre I. Iscuiopacs, Zschiopages.

(Ischiadelphe, Ischiadelphus , DueruEIL )

Ce genre , établi d’abord sous le nom d’Ischiadelphe par

M. Dubrueil (1), est caractérisé par la réunion pelvienne de deux individus à ombilic commun, placés bout à bout,

et dans une position similaire, c’est-à-dire la face tournée du même côté. Un ischiopage est ainsi un être double, de

degrés d’une union, tantôt bornée aux régions ischiatique, xiphoiï- dienne , sternale ; tantôt étendue, soit au côté externe presque tout entier du tronc, soit même à la moitié supérieure de l'être, depuis l'ombilic jusqu’à la tête.

(x) D'isytév, ischion, et d’&dhoëe, frère. Voyez Description de deux monstres doubles humains, dans les Mém. du Mus. d'histoire naturelle, t XV, p. 245, avec pl. Obligé, comme on l'a vu plus haut, p. 45, modifier le mot ischiadelphe proposé par M. Dubrueil, j'avais d’a- bord pensé à lui faire subir une simple abréviation en Je changeant en ischiade: mais, des recherches ultérieures m’ayant conduit à placer ce genre, non dans une famille à part, ainsi que j'avais cru d’abord devoir le faire, mais parmi les monomphaliens, j'ai reconnu la nécessité de donner à sa dénomination la terminaison commune page, 11 ne faut point confondre ce genre avec celui que Gurrr , Lehrb. der path. Anat. der Haus-Sœugeth., part. IT, p. 331, a indiqué récemment sous’le pom d'Aschiodidymus, Celui-ci appartient à une tout autre famille, celle

des sysomiens. Au contraire, le genre Scelodidymus du même auteur,

autant qu'il est permis d’en juger par la description très-succincte et la figure imparfaite qu'il en donne (ibid. p.331, pl. XV ; fig. 5), par raît établi sur de véritables ischiopages. Il en est sans doute de même d'une partie des animaux monstrueux que Gurlt (p. 334 ) range dans &enre mal défini qu'il nomme Pygodidymus. Voyez plus haut, Pe +&

j

70 PARTIE HI. forme très-allongée , terminé à chacune de ses extrémités par un thorax, deux membres thoraciques, un cou, une tête, et présentant dans la portion moyenne un double ab- domen, de doubles membres abdominaux; et, tout-à-fait au centre, l’ombilic commun. |

Ces caractères suffisent pour séparer nettement les is- chiopages de tous les autres genres de monstres doubles , et notamment d'un groupe avec lequel on les à presque tou- jours confondus , les pygopages. Il est manifeste que la disposition générale des deux corps chez ces derniers offre ÿne analogie réelle avec la conformation extérieure des is- chiopages , et de À le rapprochement établi entre eux par la plupart des auteurs : mais il existe aussi de nombreuses et importantes différences, Comme ôn va le voir par un assez grand nombre d'exemples , Ofterts la plupart par l'espèce humaine, quelques autres par celle du bœuf, l'ischiopagie entraîne toujours avec elle des modifications beaucoup plus nombreuses dans la structure des organes internes : et l’a- nion qui la caractérise, s'étendant jusqu'aux ombilies eux- mêmes, toujours intimement confondus en un seul, ne peut être, sans. une grave erreur, considérée comme restreinte aux parties extrêmes du corps.

Le peu de rareté des ischiopages, et l’intérét qu'a presque toujours inspiré aux anatomistes leur complexe et, en appa- rence, merveilleuse organisation, ont procuré à la science sur l'organisation de ces monstres denombreusesctutiles observa- tions, AU premier rang desquelles se placent celles de Palfyn, de DuverneY, de Prochaska, d’une commission dela Société médico-chirurgicale de Cadix , de M. Dubrueil et de mon père (1), G'est à l'aide de cesprécieux matériaux, de plusieurs

1) Forez PALFYN, Beschryving van twee monstreusen kindern, in-4°, Leyde, 1704, avéc pl., dissertation traduite en français dans son entier,

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 74 autres notices ou articles d’un moindre intérêt, dus à d'au- tres auteurs (a), et aussi des observations faites par diégc: _ même sur trois ischiopages, que je vais résumer ici l’histoire dece genre remarquable, en le considérant d’abord dans

€tmême avec quelques additions, à la suite du Traité des mhomsiTes de Licetus, Leyde, 1708.— Duverney , Observ, sur deux enfans joints en- semble, dans les Mém. de l'Acad. des Se. pour 1706, p. 418, avec plan- ches. ProcnAska, Beschreib. zsveyer im Becken werein. Missgeburten, danses 4#6hand?. der Bæhm. Gesellschaft der Wissenschaften, ann. 1786, p.218, avec pl. (deux cas). Æzxposicion hist. del monstrno que nacio el dia 30 de mayo, por una comision de la Sociedad medico-quirurg. de Cadix, in-4°, Cadix ; 1818, avec pl. Dusrurz, oc. cit. Grorrroy Sarnr- Hrratre, Rapport sur un enfant double du genre ischiadelphe, observé par docteur Durourqué. oyez le Journ, compl. des se. médic., t. XXXVIL , p- 133, ann. 1830. Ce rapport renferme dés remarques générales sur l'organisation des ischiopages et la description de trois sujets inédits.

(x) Outre Paré, OEuvres, éd. de 1633, p- 758 ( cas très-curieux qui sera spécialement cité plus bas) et p. 760; Licerus, loc. ‘air, p- 123, et les autres auteurs anciens ou modernes de traités tératolo- giques, voyez : Lettre, dans le Journ, des savans, janvier 1665. Mo- RIN, dans PHist. de l'Ac, des Sc. pour 1716, p. 25. BRUCKMANN, Epistola itineraria prima, p.7, Wolffenbutt., 1728, avec pl.—Hasenesr dans le Commerce, litter. de Norimberg, 1743, semaine VIIE, p. 58, avec fig. L'auteur dit que les deux sujets étaient de sexe différent; mais les détails de son observation et sa figure montrent qu'il le ait sans'aucune preuve. BrisEparne et Duvorrxer, Descript. d’un fœtus monstrueux = ibid, &. XVUE, p. 68; ann. 1763 , avec pl. Les auteurs décrivent les deux sujets composans comme placés sur une seule ligne droite ; mais la figure qu’ils en donnent , les montre unis sous un angle obtus. Tonresr, Account of a monstrous birth , dans les Philos. Transaet., t. LXXII, p. 44, avec pl, 1782. Je citerai enfin, mais avec beaucoup doute, un monstre indiqué par VALENTIN, De monstris Hassiacis , dans les Ephem. nat. cur., dec. IL, ann. 3, obs. XC, p. 197, fig. 20, Tous les ischiopages précédens étaient des enfans ou des fœtus humains; mais on peut voir dans l'ouvrage déjà cité de Gurxr, l'indication d’un veau ischiopage, p. 331, et sa figure, pl. XV, fg. 5-7 J'ai observé a

aussi dans la même espèce un cas d’ischiopagie très-ana- logue à celui Gurit. Dre bis EE

72 gas PARTIE If.

les modifications essentielles de son organisation , puis dans les complications diverses qui s’y ajoutent quelquefois.

Ane considérer que l’extérieur d’un ischiopage, on pour- rait croire au premier aspect que les deux bassins sont pla- cés l’un à la suite de l’autre, et unis entre eux bord à bord par leur portion inférieure. Mais un examen quelque peu attentif de la région pelvienne suffit Pour démontrer qu'il n’en est rien. Si les deux bassins étaient bout à bout, les deux appareils sexuels seraient aussi l’un à la suite de l’autre sur la ligne médiane du corps; un intervalle plus ou moins étendu les séparerait, et c’est dans cet intervalle que se- rait placé, aussi sur la ligne médiane, l’ombilic commun.

Or , la disposition de la région pelvienne est beaucoup plus anomale. L'observation montre, en effet, que les deux appa-

reils sexuels externes sont placés tout-à-fait latéralement aux deux extrémités droite et gauche d’une ligne transversale, et l’ombilic commun, entre eux, précisément au point mi- lieu de cette ligne , en d’autres termes, au point cette ligne, qui n’est autre chose que l’axe d’union , rencontre les axes individuels ou axes vertébraux de chacun des sujets _composans. On voit en outre que, de même qu'il y a deux appareils sexuels, l'un droit, l’autre gauche, il y a deux paires de membres, rejetées aussi tout-à-fait latéralement, dont chacune est formée du membre droit de l’un des sujets coMposans, et du gauche de l’autre. Enfin il suffit de donner quelque attention à l'examen des conditions extérieures pour reCONnäître que, sur chacun des côtés du corps com- mun, l’appareil sexuel et la paire de membres qui S'y trou- vent rejetés, offrent, par rapport à l'axe d’union, une dis- position régulière , symétrique , et tout-à-fait semblable à celle des membres abdominaux, et de l'appareil sexuel d’un individu normal, par rapport à sa ligne médiane,

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 79 La composition de la région pelvienne chez les ischio- Pages, tout en restant en elle-même très-régulière , s'é- Carie donc du type normal par des modifications gra- ves, complexes, et dont il semble au premier aspect très-diflicile de se rendre compte. Essayons cependant de le faire, d’abord, s’il se peut, avec le seul secours des con- sidérations que peut nous fournir l’examen extérieur; puis, Comme l'ont déjà fait plusieurs auteurs , et Duverney le Premier, en mettant à profit les notions anatomiques que la science possède sur les ischiopages. L’axe d'union, ai-je dit, a la même disposition par rapport aux deux ap-

pareils sexuels latéraux, que la ligne médiane chez un sujet normal par rapport à son appareil sexuel unique : en d’au- trestermes, chacun des appareils sexuels d’unischiopageest divisé, par l'axe d'union, en deux moitiés similaires. Or, si l'axe d’unionestréellement l’axe suivant lequel se conjoignent les deux sujets composans; s’il indique la véritable limite de l'un et deJ’autre, ilsuit de que cette limite tombe précisé- ment sur le milieu de ces appareils, et on sera conduit à les regarder comme mixtes et fournis par moitié, malgré Ja régularité de leur conformation , par chacun des compo- sans. Cette conséquence singulière est confirmée par la dispo- sition extérieure des deux appareils sexuels placés l’un et l’au- tre entre deux membres abdominaux appartenant évidem- ment à des sujets différens; mais elle va être encore mieux démontrée et même étendue par l'examen des organes in- ternes. Get examen va me conduire, en effet , à des résultats remarquables, que j'énoncerai à l’avance , afin de jeter plus

de clarté sur les détails qui vont suivre, en les rattachant à leur principe. c

Tout organe, tout appareil médian et unique peut être divisé par la pensée, comme il l’est primitivement dans Ja réalité, en deux moitiés , en deux demi-organes ou demi-aPp-

à

74 | PARTIE HE,

pareils similaires et latéraux, droit et gauche (1): d’où l’on peut dire que la région pelvienne, chez un être double, se compose de quatre demi-appareils sexuels, de quatre demi- appareils urinaires , de quatre demi-bassins, dont deux droits et deux gauches. Or voici quelle est leur disposition générale chez un ischiopage : dans la portion antérieure de la région pelvienne , portion l'union est surtout in- time, chaque demi - appareil droit au lieu de venir ; comme dans l’état normal, s’unir sur laligne médiane avec le demi-appareil gauche du même sujet, est rejeté latérale- ment, et vient s’unir avec le demi-appareil gauche de l’au- tre sujet, pareïllement rejeté sur le côté, et se rencon- trant toujours avec lui par les faces homologues (2).

Telle est la disposition très-remarquable que vont nous présenter, dans leur portion antérieure, tousles appareils de la région pelvienne. Aïnsi, en premier lieu , les bassins, à peu près normaux en arrière, sont largement ouverts en avant, et les deux pubis de Chaque sujet, rejetés tout-à-fait latéra- lement, au lieu de s’unir entre eux sur la ligne médiane, vont se conjoindre à droite et à gauche avec ceux de l’autre sujet. De deux syinphyses pubiennes disposées , à les voir seulement en elles-mêmes , à peu près comme dans l’état normal , mais placées l’une à droite et l’autre à gauche, et résultant de l'association d’élémens fournis pour moitié par chacun des individus composans. De aussi l'existence,

(1) Voyez; das le tome I, l’histoire des réunions et celle des divi- sions médianes, p.535, et p. 59b. _ (2) Il semble, à voir une telle disposition, que le bassin ait été di- visé d’avant en arrière par une section médiane, que lon ait ensuite fait tourner peu à peu ses deux moitiés d’avanten arrière, surun point fixe correspondant au sacrum,, jusqu’à ce que la section, d’interne qu’elle était, devint antérieure ; et qu’enfin on les ait appliquées face à face sur les deux moîtiés semblablement disposées d’un autre bassin.

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. LR non de deux bassins, mais bien d’un seul et unique bassin, à la vérité très-vaste et composé de doubles matériaux.

Gette association, ce mélange des deux bassins, entraine nécessairement de semblables anomalies dans la composi- tion des appareils intra-pelviens. De même qu'il existe deux Symphyses pubiennes, l’une droite , l’autre gauche, il existe deux vessies latérales , le plus souvent unies et commu- niquant entre elles plus ou moins largement. L'une et l'autre appartiennent pour moitié aux deux sujets-compo- sans, chacune des demi-symphyses ayant été suivie de la demi-vessie qui lai correspond normalement , et de même de l’uretère qui appartient à cette demi-vessie : en effet, cha- que vessie recoit, comme à l'ordinaire, deux uretères, mais Fun et l’autre ne viennent point du même sujet. L'appareil sexuel présente des modifications analogues. Sa portion an- térieure se divise dans chaque sujet en deux moitiés , dent chacune suit le pubis de son côté, et va de même s’asso- cier à une moitié analogue fournie par l’autre sujet, Voici donc encore un appareil mixte et appartenant , par portions égales , à deux individus différens. à

Qaant aux organes qui ;, dans l’état normal , occupent la partie postérieure de la cavité pelvienne , ils ne présentent rien de semblable à la disposition des parties extérieures , mais éprouvent aussi quelques modifications. Les deux in- testins, plus courts que dans l'état normal, se réunissent en un rectum commun qui s'ouvre ordinairement à l’exté- rieur , sur la ligne d’unicn des faces postérieures de l’un et de l’autre sujet, mais quelquefois anssi, quand les deux vessies sont conjointes, dans la poche commune qui résulte de leur réunion. His ù dE ; naOG

La disposition de veine ombilicale ne présente rien de parüeulier dans chaque sujet , si ce n’est qu’elle parcourt intérieurement un plus long trajét, l’ombilie commun se

| + .

*

, RS : 76 SRE PARTIE EI. .

PAR

trouvant plus éloigné du foie que chez les sujets normaux. Quant aux artères ombilicales , il n’en existe ordinairement quetrois, ou même que deux, placées d’abord, dans la plu- part des cas, aux deux côtés de la double vessie, et de là, suivant la disposition accontumée, se portant à l’ombilic commun (1).

Tels sont les caractères généraux avec lesquels les ischio- pages se présentent ordinairement à l'observation : telle est l’ischiopagie considérée en elle-même, et abstraction faite des anomalies diverses qui peuvent venir la com- pliquer. |

Les complications de l’ischiopagie sont de deux genres. Les unes n’ont avec elle aucun rapport direct , et par con- séquent n’en altèrent en rien les caractères. Ainsi le sujet des observations de M. Dubrueil était composé de deux indi- vidus affectés de dérencéphalie, ou, d’une manière plus con- cise, était bi-dérencéphale. Dans ce même cas, chacun des individus composans avait treize paires de côtes, dont la première était portée par la septième vertèbre cervicale : disposition que lon observe assez fréquemment chez des su- jets d’ailleurs normaux (2). |

D’autres complications, au contraire, ont des rapports di- rects avec la monstruosité principale , et en modifient plus ou moins gravement les caractères. Ainsi les organes gé- nito-urinaires sont, dans quelques cas, imparfaits (3), ou

(x) Voyez Spécialement, pour l’anatomie des ischiopages, les excellens mémoires déjà cités de Duverney et de Procasxa. Le travail de Duver- _ ney est surtout extrêmement remarquable, surtout si l'on se reporte à l'époque où:il a été exécuté par son auteur.

(2) Poyez le paragraphe relatif aux variations dans le nombre des côtes, t. I, p. 668,

(3) Dans le cas de Duverney, les deux pénis s'étaient rapprochés

peer

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. je] même manquent plus ou moins complétement à l'extérieur. Il n’est pas rare non plus qu’il n’existe que trois ou même deux reins au lieu de quatre, soit qu'il y ait fusion, soit

_ qu'il y ait défaut réel de formation. Plus rarement le bassin

est très-incomplet ; vice de conformation qu'Hasenest pa- rail avoir vu coïncider avec l’extroversion de l’une des ves- sies , l’autre restant au contraire normalement conformée.

+: Üne autre complication plus remarquable encore , et qui Modifie davantage les caractères généraux. de l’ischiopa-

gie, c’est la réunion de deux membres abdominaux en un

_-séul: anomalie que l’on n’a point encore observée à la foissur

les deux côtés du double corps. La réunion de deux membres abdominaux chez les ischiopages est analogue aux monstruo- sités syméliques ordinaires , en premier lieu, en ce qu’elle coïncide toujours avec une conformation très-vicieuse de l’ap- pareil sexuel placé à la base des deux membres réunis ; en.se- cond lieu, en ce qu’elle se fait toujours très-régulièrement,

Chaque partie d’un membre n’allant jamais se conjoindre

qu'avéc son homologue dans l’autre membre ; enfin, en troi- sième lieu, en ce qu’elle offre divers degrés parfaitement com- parables aux genres divers de monstruosités syméliques. Le

double membre esten effet terminé, tantôt par un pied mani-

festement double comme dans la symélie proprement dite(1};

postérieurement ; au point de se trouver en contact par leurs racines. De plusieurs autres anomalies de disposition, pour la description desquelles je renvoie au mémoire de ce célèbre anatomiste.

(x) Dans le cas publié par la Société médico-chirurgicale de Cadix, le double pied était complet, les deux doigts internes étaient même un peu écartés l’un de l'autre. Le pied commun était, au contraire, in- complétement double dans le cas à Torzese, loc. cit., et chez le sujet décrit par BriseBarre et DuvorLier, loc, cit. Chez ce dernier ischiopage, le pied, très-difforme ; se terminait par huit doigts disposés en deux rangées, et parini lesquels on reconnut deux gros orteils enveloppés de tégumens. communs, F'oyez encore l'indication d’un autre 1$=

TETE EE POP

78 PARTIE I,

tantôt paru pied en apparence simple, comme dans l’uromé- lie (x);et il peut sans doute l'être aussi par un simple moignon sans pied distinct, comme dans la sirénomélie (2). Mais. il y a aussi entre les monstruosités syméliques telles qu’on les observe chez des individus d’ailleurs bien conformés, et les monstruosités syméliques qui accompagnent l’ischiopagie, deux différences essentielles.et sur lesquelles il importe d’in- sister. L'une est la nature mixte du membre double qui, chez les ischiopages, appartient toujours en:commun aux deux individus; etil n’en peut être autrement, puisque cha- cun d’eux a ses deux membres rejetés tout-à-fait latérale ment, et séparés ainsi par un intervalle considérable qui rendentre eux touteréunion impossible. L'autre différence, et par elle le pied double d’un ischiopage symèle ou uro- mèle sera toujours distingué du pied double d’un symèle ou

d'un uromèle unitaire, c’est que, dans lischiopagie, les

deux ‘pieds ne subissent point autour de leur axe cette demi-révolution qui rend si remarquables les monstres sy-

chiopage symèle dans les recueils des anciens tératologues , et notam- ment dans l'ouyrage de Liagrus, loc, cit, p.123. (1) L’ischiopage sujet de Ja seconde observation de Procnasx#,

doc, cit., p. 224, fig. b'et 6, avait d'un côté un membre double términé

par un pied pentadactyle: on voyait, il est vrai, au ‘moins dans le squelette, les rudimens d’un sixième doigt.— Licerus et BRUCKMANX, docis cit... ont aussi figuré,:mais -d’une mânière beaucoup plus impar- faite, ‘des ischiopages wiromèles. Ænfin, parmi les animaux, un veau figuré par Gurit, a aussi présenté un cas d’ischiopägie uromé- lique. |

(2) Je ne Connais point encore de semblables cas que l’on puisse regarder conrme authentiques, Les annales de Ja science renferment,.il est vrai, l’histoire de quelques monstres dans lesquels on croirait trou- ver au premier aspect des exemples d'ischiopagie sirénomélique; mais ces monstres n'avaient qu'un bassin unique et simple, et manquaient par conséquent de l'un des caractères essentiels des ischiopages, Je les décrirai par la suite sous le nom de Psodymes,

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 79 méliens ils s’accolent tout simplement par leurs bords internes, et par conséquent ont, comme dans l’état bi! mal, leurs gros orteils en dedans et leurs talons en arrière.

La réunion de deux membres abdominaux coïncide né- Cessairement chez un ischiopage avec des déformations du

assin analognes à celles que j'ai décrites chez les monstres

syméliens unitaires , mais en même temps, dans quelques Cas, avec des modifications d’un tout autre genre. Telle est union des deux rachis par leurs extrémités pelviennes, tou- jours, lorsqu'il en est ainsi, plus ou moins atrophiées. Telle est encore la communication des deux cavités rachidiennes, disposition plus remarquable encore que la simple réunion des rachis, maïs aussi beaucoup plus rare. Enfin , et cette dernière modification s’observe surtout lorsque les deux côtés du double bassin sont très-inégaux, les deux sujets Composans , au lieu d’être placés bout à bout sur une seule ligne droite, font quelquefois entre eux un angle obtus,

dont le sommet correspond au point d'insertion du double

membre : disposition indiquée surtout avec précision chez homme par Prochaska, chez le veau par Gurlt, et que j’ai ‘moi-même observée, il y a quelques années , chez un autre individu de cette dernière espèce. 2 :

Les diverses complications que je viens d’énumérer , non seulement modifient les caractères généraux des ischiopa- ges, mais, en outre, exercent nécessairement sur leurs fonc-

tions et les circonstances de leur Dalssance une influence marquée, ajoutant en effet leur influence propre à celle de lischiopagie elle-même , telle qu’elle se manifeste dans les Cas les plus simples, et telle que je vais l’étudier.

_°e ne connais aucun exemple d’un ischiopage parvenu à

l'état adulte , ou même à un âge qui pût donner l'espoir

fondé de sa conservation. L'ensemble des observations que

{48

So : PARTIE IIL

possède la science tend à établir que les monstres de ce genre naissent en général à sept ou huit mois, ou même ‘plus tôt encore, et que leur vie, extrêmement courte, quand ils sont nés très-prématurément ou lorsqu'il existe de gra- ves complications , se prolonge même très-peu dans les cas les plus favorables. Si lon excepte un cas peu authenti-

que (1) la mort ne serait survenue que le quinzième jour pour l’un des individus composans, le seizième pour l’autre,

tous les ischiopages connus ont péri dans la première se- maine ; le sujet de Daverney est même le seul qui en ait presque atteint la fin. Dans un cas, celui de Torlese, les deux jumeaux périrent au même instant; mais, dans d’au- tres cas, il y eut entre la mort de l’un et de l’autre un in- tervalle dont la durée fut de quelques minutes seulement chez le sujet de la Société médico-chirurgicale de Cadix, de trois heures entières chez celui de Duverney, et même de neuf chez celui de M. Dupourqué (2).

Les observations des auteurs nous apprennent aussi que, dans la plupart des cas, le double accouchement n’a point été très-difficile, l’un des sujets composans s’étant d’abord présenté par la tête; et les circonstances de la grossesse paraissent être celles de toutes les grossesses doubles ordi- naires,

Genre IT. Xipnopace, Aiphopages.

Par le genre xiphopage nous passons à cette seconde di- vision des Monstres doubles monomphaliens chez lesquels

l'union est sus-ombilicale, c’est-à-dire commence à l’ombi-

(1) Voyez Licerus, loc. cit., d'après Rugrr. (2) Poyez GEorrrOY Sarnr-Hiraire, rapport déjà cité, Dans ce cas, l’un des sujets composans avait péri au passage,

CS

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. $ 81

lie, et de s'étend plus ou moins haut, comprenant tou- Jours la région supérieure de l’abdomen, et en outre une -Portion plus ou moins étendue du thorax. La xiphopagie dans laquelle les deux thorax ne sont joints que par la par- tie antérieure et inférieure de la poitrine, est. de tous les _8enres de ce groupe celui dans lequel Vunion est le moins

étendue , et par conséquent aussi ceki detous qui s “écarte le Moins du type normal. î

ce

. : ER pe ÉRraghn: fée RAR paraissent moins rares | OS que. les

ischiopages (1). J’en ai va plusieurs, tous bi-mâles ou bi.

femelles, dans diverses collections publiques, mais sans l'a |

pagie, à conipatér seulement les cas déjà publiés; sans doûté 504

que les conditions si remarquables des ischiopages ont plus spécialé-

ment: appelé sur eux l’attention. Outre les cas, de xiphopagie qui Seront cités plus bas avec détail, voyez: Sauvaz, Histoire et rech. des antiquités de Paris, t. II, 1733, in-folio, p. 560 et p. 565. L'auteur indique deux a HSpdEe” nés vivans ; dont l’un (le premier); 'n€’à Aubervilliers en 1429, a.eu jadis une immense célébrité; Non seule. ment tous les : “anciens traités: de tératologie, mais aussi. toutes FE chroniques du temps mentionnent ce monstre , que plus de, dix mille Parisiens allèrent voir au lieu de sa naissance. Plusieurs chroniques fixent la durée de sa vie à trois jours: suivant d’autres, il'sérait mort le premier jour. = BEurer, dans le Commerc. litter. Norimbergæ, ann.

1743, sem. VIIT, p. 58; cas très-mal connu et très-douteux même: l'un des deux sujets aurait survécu à l’antre de huit heures, R&. enauLr, Ecarts de la nature, in-40, 1555, pl. IV. J. PraRson, 4 _case. of monstr. Birth, dans les Medic. facts and observations, ann. 1793,

. IV, p. 107. Je ne donne qu'avec beaucoup de doute ce dernier cas | comme un exemple de xiphopagie, l’auteur ayant consacré presque toute sa notice à la relation des circonstances de l'accouchement, et indiqué Seulement d’une manière imparfaite les caractères du mons- tre, Peut-être est.ce aussi un cas de ae qu'Epw. Po a

TT,

82 Cet PARTIE TT

woir en disséquer adcun. L'examen anatomique de ces mons- tres m’eût cependant été d'autant plusutile, queles observa- +ions ‘comprises dans les annales de la science ne fournis- gent, quoique assez nombreuses ; que des renseignemens très cinsuffishtis sûr les modifications de l’ organisation darts DE xiphopagie. Loin de pere tracèr une histoire aussi coM- pète de ce genre que je l'ai faitde lischiopagie , je serai donc réduit à ne donner sur lui que dessindications incom- plètes , et à suppléer très- -imparfaitement , par la citation de quelques casiparticuliers ,; à l'expression générale ; aujôur- -&’hui impossible ; des: conditions anatomiques et physiolo- giques de la-xiphopagie.: Le. Dorsten et Valentin (1) ont publié fort anciennement la description dan “xiphopäge chez Téquel Tanion, quoique bornée extérieurement à la portion du corps comprise entre V extrémité xiphoïdienne du sternum et l’ ombilic , s’étendait à l'intérieur, suivant ces anatomistes , jusqu'aux foies et aux ‘canaux ädlimentairés de lün et de l’äutre sujét. Il n'existait, en effet. qu'un seul foie, à la vérité presque complétement double, et pourvu de deux vésicules biliaires. Les intestins étaient égalemént confondus en un seul dans la presque to- “alité' de leur portion grêle, On trouva, au contraire , deux rates séparées par les deux estomacs , deux cœurs distincts et deux veines ombilicales. Les observations eee de-Dorsten et F Yalentin

tes

indiqué chez te pigeon dans 1és Philos. Transact,, À. 2 ann: 1699,

p.434.

@) “Donsren, Diss. à monstro human. nuper. , Marbourg , 1684. à De monsir. Hassiacis recens natis, dans Îles Ephem. rat. cur., déc. IT, ann. IX, ob$. go, avec pl, et Epistol. ad Dorstenium, ibid.,

“p. 473: suppl, Wazpscmmror, dans une dissertation publiée” de même en 1684 à Marbourg, s’est aussi occupé du méme monstre, mais sans le décri ire anatomiquement,

doppés même chacu

eux deux

_ tous doubles et séparés.

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. _ 83

ont été pendant long-temps les seules que possédât la science sur les xiphopages; et l’on ne peut s’élonner du peu de va+ leur que les téralologues ont généralement attaché au témoi- Snage isolé de deux auteurs dont le nom est sans nulle au+

torité, Mais l'exactitude de lears observations , au moins en Ce qu’elles ont de plus important, est auj ourd'hui confirmée par les résultats de recherches récentes, faites parBarkow(:) Sur un agneau double bi-mâle. La réunion des deux sujets Composans se faisait par la partie inférieure des sternums,, qui, libres et offrant supérieurement la disposition normale, Changeaient ensuite de direction pour se porter l’un au de- vant de l’autre et se conjoindre entre eux (2), Il existait

deux cœurs inégalement volumineux » dont le plus petit à un seul ventricule : ils étaient complétement séparés, enve-

n d'un péricarde propre, maïs conligus Sous la portion commune des stérnums; Les deux foies se itouvaient réunis en une masse unique ; mais très-volumi- Neuse, soutenue par deux ligamens suspenseurs, €t pour- ne de deux vésicules biliaires. Les deux diäphragmes étaient pareillement conjoints en un seul: ils n'avaient même pour

| qu’un seul centre tendineux. Quant aux intestins, Aux eSLOmACs et aux autres organes abdominaux , ils étaient

Ainsi, dans ce premier degré d'union sus-omb caractérise la xiphopagie , on peut observer q médiane d’un plus ou moins grand nombre partenant à la zone supérieure de l deux diaphragmes en un seul, et,

licale qui éià la jonction de viscères ap- abdomen , la fusion des parmi les organes thora-

= Voyez Monstra anim. duplicia PET anatomen indagata, 1.1, p. 76» * (@)} L'auteur s’est malheure Sa - des Sternums. lon qui sera plus

se usement borné à indiquer le mode d'u On ne peut que le présumer analogue à la disposi- bas décrite avec soin dans le genre xiphodyme.

\

84 PARTIE TL.

ciques , a contiguité des deux cœurs (1). Mais en est-il tou- jours ainsi ? Et doit-on penser que les viscères doivent pré- enter la même disposition chez tous les xiphopages , aussi bien chez ceux la jonction ne s’étendrait pas au-delà des extrémités xiphoïdiennes, que chez ceux il y aurait fusion d’une portion notable des deux sternums? Je suis loin de le

enser, et de vouloir généraliser les résultats d’un aussi pe- tit nombre d'observations; d’autant plus qu'on peut dès à présent leur opposer quelques faits dont la valeur est sans doute de beaucoup diminuée , mais non complétement annulée par le manque de détails anatomiques.

Kônig (2) rapporte, et ce cas serait à lui seul bien con- cluant, que deux filles unies de l’appendice xiphoïde à Jombilic, naquirent vivantes vers la fin du dix-seplième siècle, et furent heureusement séparées l’une de l’autre dès leur première enfance , d'abord à l’aide d’une ligature- de plus en plus serrée ; puis Par l'instrument tranchant (3). Si ce fait est exact , il ÿ a tout lieu de penser que l'union était beaucoup plus superficielle que chez les xiphopages de Dorsten , de Valentin, de Barkow : malheureusement l’au-

_Gilry ‘a évidemment qu’un pas de cette dernière disposition à l'inclusion des deux cœurs dans un seul et même péricarde, et même à leur réunion en un seul; réunion que Mroxez a en effet observée chez des monstres au moins fort voisins des xiphopages. 7oyez son De duplicitate .monstr. commentarius ; $ LXVI. Il est très-regreltable que Meckel ait négligé de bien fixer la situation relative des deux individus composans, soit par une figure, soit par une description exacte de la conformation extérieure.

(2) Dans les Ephem, nat, cur., déc. LL, ann. VIII, obs: 140, ann. 1689.— La note de Kônig est intitulée : Gemelli sibi invicem adnati feli- citer separatt. ;

(3) L'auteur s'exprime ainsi: « Separatio tenellorum horum infantum , » etiam sine convulsionibus supervenientibus , tantd faeilits et tuiius institui

$ potuit s ligaturä scilicet prægressä in dies strictiori, dein culteili scis-

» surd, »

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 85 teur se borne à figurer les deux jumelles avant et après leur séparation , et à indiquer, sans en établir l’authenticité par une description précise et détaillée, l'opération si belle et si hardie qui, si on doit l'en croire, restitua les deux sujets COMposans au type normal. :

J'ai recueilli récemment de diverses sources quelques renseignemens sur un autre xiphopage bi-femelle, en 1804 dans l'Inde britannique, et qui était encore plein de vie en 1807 (1}. Les deux filles , de race indienne ; qui compo- saient cet être double, étaient vives, actives, malgré la

gêne que leur imposait leur association face à face. Leur res-

semblance était frappante : à moins d’être familiarisé par une longue habitude avec leurs physionomies , on ne remar- quait guère entre elles qu’une légère différence de taille.

(1) L’Asiatic journal de Londres, et d’après lui un grand nombre de journaux anglais, ont mentionné le xiphopage indien; mais on n’en trouve nulle part la description. On peuttoutefois suppléer en partie à cette lacune en consultant une figure passable publiée, en 1826, par le docteur Berry, dans les Trensact. of the medico-chir. Society d'Edimbourg, t. II, p. 35. La note de cet auteur fait connaitre exac- tement par son titre le lieu de naissance du xiphopage indien : Descr. oftw0 children united together and now living in the village of Arasoorinr the district of Bhavany. Dans une autre note due au même auteur, et insérée dans le Medic. and surg. journal d'Edimbourg, numéro de janv. 1827, on trouve rapporté, outre une partie des détails cités plus haut, que les deux sujets composans dormaient quelquefois séparé- ment, et, ce qui serait beaucoup plus remarquable, qu'un purgatif donné à l’un, agissait aussi sur l’autre. De ces deux phénomènes , le premier que j'ai pu moi-même constater chez un autre monstre dou- ble, et que plusieurs auteurs avaient observé ayant moi chez divers sujets, me paraît à l'abri de tonte objection, et je l’admets sans diffi- culté. Le second, au contraire, ne doit être accueilli qu'avec beau-

Coup de doute, tant que des preuves ne seront pas venues confirmer,

le Yague témoignage de Berry. Parmi (os journaux français, 70767

a le même xiphopage le Bulletin des Sc. médicales, t. XX» ca À e £ à

96 PARTIE HE

Dans leur position ordinaire, elles étaient opposées entre elles, visage à visage et ventre à ventre; c’est ainsi , par exemple, qu'elles dormaient, placées l’une sur le flanc droit el l’autre sur le gauche : mais dans Ja progression élles s’écartaient latéralément , de manière à faire entre elles un angle aigu ou même droit, et à marcher de côté. Ainsi la : situation relative des deux corps n’était pas fixe et immua- ble , mais tout au contraire variable à volonté 3 ce qui indi- que encore une union peu intime, et surtout ce qui prouve indubitablement queles deux appendices xiphoïdes n'étaient pas soudés , mais seulement joints par une articulation, dont la laxité était entretenue et sans doute augmentée de jour en jour par les mouvemens fréquens et variés des deux ironcs.

/

C’est aussi au genre xiphopage que l’on doit rapporter (+) un monstre monomphalien à la même époque et dans la même région que le précédent, mais devenu aussi célèbre dans toute l'Europe, et même dans tout le monde scientifi- que , que l’autre y est resté inconnu. Je veux parler de cet être double, en 1811 de parens chinois établis dans le royaume de Siam, et nommé Chang-Eng, que Boston et New - York ont successivement vu en 1829, Londres en 1830 (2), Paris en 1835, et qui aujourd’hui encore Continue à exploiter, dans le nord de l’Europe, la curiosité - publique, partout éveillée par sa présence. Tous les recueils scientifiques et tous les journaux des États-Unis, de l'An- gleterre , de la France, de l'Allemagne , ceux même deJ'I- talie et des autres Contrées que n’ont point visitées les Frères

(x) Au moins autant qu'il est permis de prononcer , d’après le seul examen extérieur , dans l’état adulte, d’un être double chez lequel les caractères primitifs de la monstruosité ont fini par subir de très-graves modifications.

(2) Ils sont arrivés à Londres à la fin de novembre 1829.

MONSTRES DOUBLES MONOMPIALTENS. 87

Siamois, ont longuement entretenu leurs lecteurs de l'or Sanisation de ce xiphopage et des phénomènes de sa double.

vie, Il ue me resterait plus. qu’à reproduire tardivement des détails déjà donnés cent fois et dans toutes les langues de , * _ » . À

1 Europe, si, dans presque tous ces articles publiés à la hâte,

-V . Ka { , l'erreur ne se trouvait sans cesse mêlée à la vérité, ou plu-

tôt si l’on n’eût sacrifié trop souvent le devoir d’instruire par une exposition sincère des faits, au désir d’étonner par des récits merveilleux, SE Frs

Très-semblables l’un à l’autre par les traits de leurs visa-

ges, mais différant sensiblement par leur taille et par leur.

force, Chang et Eng sont unis entre eux de l'ombilic à l’ap- pendice xiphoïde. Dans leurenfance, les deux Frères Siamois,

comme les deux Sœurs Indiennes, se trouvaient opposés face

à face , et se touchaient mutuellement , au dessus et au des- sous du lieu d'union, par leurs thorax et par leurs abdo- mens. Si cetie disposition première, quiest commune à tous les xiphopages naissans , eût persisté pendant la vie de Chang

_ €td'Eng, ils n’eussent pu ni marcher dans le même sens,

ni s'asseoir en même temps, et ils se fussent réciproquement gênés et entravés dans toutes leurs actions. De des eflorts faits dès. l'enfance pour arriver à des relations mutuelles plus commodes et mieux harmoniques, et par suite des Mmo- difications aussi heureuses pour les deux frères qu’elles sont

_physiologiquement remarquables. Les deux appendices.

xiphoïdes, au lieu de se continuer inférieurement dans les plans des sternums , se sont relevés et rejetés latéralement, Vun à droite , Fautre à gauche ; ils forment , avec les parties

musculaires et cutanées, irès-étendues en longueur, dont,

ils sont recouverts , une sorte de bande qui se porté trans- se Salement d'un sujet à l’autre. Cette bande, par laquelle l “on primitivement intime et immédiate des deux sujets SOpOsans se trouve en quelque sorte changée en une union

88 PARTIE Hl.

médiate et à distance, a, dans l'état présent, jusqu’à cinq

pouces de long sur trois de large, et est flexible, mais inégalement dans tous les sens. Les deux appendices xiphoi-

des, placés bout à bout , sont-ils en rapport par des articu-

lations très-lâches, soit avec les Corps des sternums, soit

l’un avec l’autre? Ou bien, sous l'influence d'efforts gradués

et presque continus, se seraient-ils peu à peu séparés ou : même écartés ? C'est ce que le toucher de la bande d’union

eût pu facilement apprendre, ct cependant ce que j'ignore

encore , les deux frères s'étant constamment refusés à laisser

achever un examen qu’ils disaient douloureux (1). Ils ont

toutefois suppléé en partie aux données qu’eût pu fournir cet examen, en exécutant sous mes yeux plusieurs mouve-

mens et prenant plusieurs positions qui attestent, dans la

bande d’union , une flexibilité beaucoup plus grande que ne

l'ont supposé les auteurs. Ainsi j'ai vu, l’un des deux frères

restant droit, l’autre se baisser, et dans ce moment son

thorax tournait sur la bande d’union comme sur une sorte

de pivot. Je les ai vus aussi se placer l’un en face de l’aatre,

comme ils l’étaient dans leur enfance. Mais ces positions , et cette dernière elle-même , tant l’organisation se plie à l’in-

fluence long-temps prolongée d’une habitude, sont pour

Ghang et Eng des attitudes forcées, qu’ils s’empressent de

quitter Pour reprendre ce qui est aujourd’hui leur état ordi-

paire , C'est-à-dire pour se mettre l’un par rapport à l’autre

de côté et à angle droit. |

: ts à à . C'est ainsi placés qu'ils se couchent , qu'ils s’asseoient ,

se £ e S x qu'ils se tiennent debout, qu’ils marchent, comparables à

deux personnes qui, serrées l’une contre l’autre ; se touchent réciproquement par un des côtés de leurs poitrines. Aussi

(x) Je n'ai pu vérifier non plus, par la même raison, si Ja bande d'uuion renferme, comme l’ont affirmé plusieurs médecins américains, quelques portions de viscères abdominaux.

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 89

Ja progression ne se fait-elle ni pour l’un ni pour l’autre, P P

directement d'avant en arrière , mais obliquement , suivant la diagonale de l'angle qu’ils forment entre eux. Chacun d'eux a l’un des côtés de son corps placé en avant et, relati- Yement à l’ensemble de l’être double , en dehors, l’autre en arrière et en dedans, De même la jambe etlebrasdroits de l’un des frères , Ja jambe et le bras gauches de l’autre, 7 avant , les deux autres jambes et les deux autres bras e arrière. De une inégalité très-marquée d’action, d’exer- Cice et par suite de développement entre les deux membres, d’abord semblables et égaux , de chaque paire thoracique et abdominale. Tandis que Chang et Eng laissent leurs bras postérieurs pendre comme inertes derrière leur double corps, ou bien, et c’est le plus souvent, les entrelacent. mutuellement autour de leurs cous ou de leurs poitrines , tous les actes de la préhension , anssi bien ceux qui exigent. de la force que de l'adresse, restent dévolus aux bras anté- rieurs : aussi sont-ils robustes et bien musclés, les deux au- tres, au contraire, faibles et. grêles. Pareillement , dans la marche, dans la course , dans le saut même , qui s’accom- plit par les efforts instantanément combinés et toujours har- moniques des deux frères , les jambes postérieures ne font que seconder et pour ainsi dire que suivre les deux anté- rieures : aussi sont- elles faibles , maigres, et même, chez l’un des deux sujets surtout, très-sensiblement cagneuses. Les deux moitiés du corps et même de la tête, les yeux excep-

és, pour lesquels a précisément lieu l'inverse (1), offrent des

différences moins marquées, mais analogues ; en sorte que, £ 0 .,e d Li CE . e % par une disposition que la simplicité de son explication ne \

Er. +

(1) Chez l’un et chez l'autre frère, d’après leur déclaration, l'œil placé du côté de l'union voit beaucoup plus clair que l'autre. On a pensé que l'entrecroisement des nerfs optiques pouvait fournir une explication plausible de ce phénomène exceptionnel. |

DB, A

go PARTIE UT.

rend pas moins singulière , le côté droit d’ Eng se trouve | bexuéeup plus semblable au côté gauche de Chang et réci- \ proquement, qu ‘à l’autre moitié de son propre corps.

7 Dans les circonstances ordinaires, lorsque tous deux sont également calmes ou également animés , la respiration et les pélediinbs artérielles sont simultanées chez Chang et Eng. Cependant il en est pas toujours ainsi. L'un des Fa frères s'étant un jour baissé pour examiner le jew d’une montre, son pouls s’accéléra aussitôt, au rapport d’un médecin in- struit, le docteur Warren, tandis que celui de l'autre ju- meau ne subit point de changement sensible : mais l’isochro- nisme ne tarda pas à se rétablir. Les médecins de Londres et de Paris ont eu aussi occasion de constater à plusieurs re- prises, et même quelquefoissans cause apparente, des dif- férences plus: eu moins marquées dans le nombre des pulsa- tions.

Les deux Siamois montrent de même dans leurs autres fonctions une Concordance remarquable, mais non absolu- ment constante, comme les journaux des États-Unis, de Londres, de Paris, se sont plu à le répéter successivement, et comme le disaient eux-mêmes Chang et Eng aux per- sonnes qui se contentaient de leur adresser quelques vagues questions. Sans doute, rien de plus curieux que le contraste : d'une dualité physique presque complète et d’une unité mo- raie absolue + mais aussi rien de plus contraire à la saine théorie. J'ai fait avec soin toutes les observations, recueilli | tous les renseignemens qui pouvaient m'éclairer sur da vas leur d’une assertion tant de fois répétée; el j'ai trouvé qu’en- tre les principes méconnus ‘de la théorie et toutes les décla- maiions psychologiques dont l’unité morale des Frères Sia- mois a été si long-temps Mnépuisable texte, C’est au pre- mier, comme on devait s’y attendre, que les faits donnent entièrement gain de cause.

L

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. gt

- Jumeaux créés sur deux types presque identiques , puis inévitablement soumis pendant toute leur vie à l'influence des mêmes circonstances physiques et morales ; semblables d'organisation et semblables d'éducation, les deux Frères

Siamois sont devenus deux êtres dont les fonctions , les ac-

tions, les paroles , les pensées même sont presque toujours Cncordantes, et, si l’on peut s'exprimer ainsi, se produi- Sent et s’accomplissent parallèlement. Leurs heares d’appé- tit, de sommeil, de veille, leurs joies , leurs colères , leurs

douleurs, sont communes; les mêmes idées, les mêmes dé.

sirs se font jour au même moment dans ces âmes jumelles ;

la phrase commencée par l’un est souvent achevée par l’au- tre. Maïs toutes ces concordances prouvent la parité, et non

l'unité : des Jumeaux normaux en présentent souvent d’a-

nalogues , et sans doute en offriraient de tout aussi remar- )

quables , s’ils eussent invariablement pendant toute leur vie, comme les deux Siamois , vu les mêmes objets, perçu les mêmes sensations, joui des mêmes plaisirs, souffert des mêmes douleurs. 24

Comme deux instrumens semblables , dont on fait vibrer

au même instant les cordes analogues les deux Siamois sont donc entre eux, si l’on peut s’exprimer ainsi, à l'unisson. Tel est leur état habituel, mais non leur état constant et né-

cessaire ; et toute assertion quitend à dépasser cette limite,

exagère la vérité et tombe dans l'erreur. Ainsi il est faux. que les deux frères éprouvent toujours au même moment et

“kg même degré le sentiment de la faim , que les plus légères: indispositions de lan soient toujours ressenties par l'autre, enfin que leur sommeil commence et finisse toujours am même instant, tellement que jamais l’un d’eux n’ait pu voir

Son frère endormi : phénomènes assurément très-remarqua- bles s’ils étaient vrais, mais qu'il est temps de retrancher; COMME autant d’ornemens faux et trompeurs; d’une histoire

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92 2 PARTIE U à qui doit puiser tout son intérêt dans un récit simple et sé- vère des faits.

Chang et Eng ont l’un pour l’autre l’affection la plus tendre. Obligés de marcher, de s’asseoir, de se cou- cher, de se lever ensemble, de s’obéir tour à tour , et de se faire mutuellement , et presque à chaque instant de leur vie, le sacrifice de leur volonté, à peine les a-t-on vus quel- quefois dans une passagère mésintelligence, Telle est même la force de leur mutuelle affection, qu’ils ne trouvent pas acheté trop cher, au prix de la gêne constante de leurs mou- vemens, le bonheur de se sentir sans cesse l’un près de l’au- tre, et de réaliser à la lettre cette belle image de l’amitié : ious deux ne sont qu’un, et chacun est deux. On assure que plusieurs chirurgiens, ayant concu le projet, trop hardi peut-être, de les rendre à l’état normal par leur séparation, ce fut ce sentiment, bien plus que la crainte de la douleur ou de la mort , qui les détermina à se refuser à toute opération. Les deux Frères Siamois, aujourd’hui faconnés auxmœurs européennes , parlent tous deux avec la même facilité la lan- gue anglaise, pour laquelle ils ont presque entièrement ou- blié le chinois. Ils s’entretiennent volontiers avec les per- sonnes qui les visitent; souvent même chacun d’eux suit séparément une conversation distincte avec des interlocu- teurs différens : mais, entre eux, ils ne s’adressent presque jamais la parole, et lorsqu'ils le font, ce n’est que pour se dire quelques mots , en apparence sans suite et à peine in- telligibles pour d’autres ? Comment , en effet , concevoir cet échange rapide et répété de faits et d'idées que l’on appelle conversallon , entre deux êtres qui, unis ensemble par un lien indissoluble , voient tous les mêmes objets, entendent toutes les mêmes paroles, et se sont l’un à l’autre, à chaque instant de leur vie, un confident inévitable (1)?

(x) Parmi les détails physiologiques et psychologiques que je viens

nn à «cs

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 93 Genre IT. Srennorace , Siernopages. | ee

Caractérisée par l'association de deux individus joints

face à face , depuis l’ombilic jusqu’à la partie supérieure de

la poitrine, la sternopagie est une monstruosité très-analo- guc, dans ses conditions extérieures, à la xiphopagie, ou

- de donner sur les Frères Siamois, ceux qui se rapportent à l’état des deux Siamois avant leur arrivée en France, sont principalement ém- pruntés à un rapport fait, en 1829, par mon père à l’Académie des : sciences, à l’occasion d’une communication de M, Nrzes , médecin aux 3% Etats-Unis. Des documens authentiques ont été mis à profit pour la rédaction de ce rapport, source principale à laquelle ont puisé la plu- | part des auteurs français et même étrangers qui ont écrit depuis sur | les Frères Siamois sans les avoir observés par eux-mêmes.— Voyez pour | ce rapport le Moniteur du 29 octobre 1829, dans lequel il est imprimé : presque tout entier, et tous les recueils scientifiques de la même époque qui en ont donné, aussi bien que plusieurs feuilles quoti- | _ diennes, d és extraits plus ou moins étendus. On peut encore con- sulter aussi sur les Frères Siamois un très-grand nombre d'articles pu- bliés en 1829 et 1830 dans les journaux américains et anglais ; arti- cles dont la plupart ont été repris presque aussitôt, malgré leur inexac- titude , par les journaux français. Il faut distinguer parmi ces articles une notice du docteur Warren, insérée d’abord dans le Journal des | annonces de Boston, numéro du 27 août 1829, et reproduite le 23 sepe tembre suivant dans le Courier anglais: voyez aussi le Journal de Silli- man, octobre 1829. Une autre notice originale qui peut aussi être consultée utilement, se trouve dans le Med. and surg, Journal de Lon- ; dres, ann. 1830, t. IV, p. 73. En 1835, l’arrivée en France des deux Frères Siamois, en fixant de nouveau sur eux l'attention publique, a donné lieu à la publication d’une multitude d’ar- . ticles qu'il est impossible d'énumérer ici. Il me suffit de dire | 5 que les journaux politiques EUX - mêmes ont successivement en- . Tretenu leurs lecteurs de cet être double, et que presque tous se sont aitachés surtout à en faire ressortir la prétendue unité morale Je citerai au contraire spécialement, à cause de leur sujets deux articles dus, l'un à M. Cosre, l'autre à M. Vinæy, Le premier» in-

RE Re

94 #5: PARTIE If.

plutôt celle-ci n’est en quelque sorte que le premier degré de la sternopagie. Ces deux genres sont néanmoins bien dis- uincts , soit au dehors par l'étendue très-inégale'de la région d'union, soit surtout, par la disposition très-différente des viscères thoraciques et sus-abdominaux, réunis entre eux, d’un sujet à l’autre, dans la siernopagie, comme les vis- cères sous-abdominaux le sont dans l'ischiopagie.

séré dans les Comptesrendus hebdom. des séances de ? Acad. dessciences, ann. 2836, I, p. 4, a pour sujet l’examen de cette question : Est-il possible de déterminer l’époque de la vie intra-utérine à laquelle les Frères Sia- mois se sont réunis, et d'apprécier leur mode de réunion? L'auteur croit pouvoir concluredes considérations embryogéniques qu’il présente, les résultats suivans, qui me paraissent reposer sur plusieurs données très-hypothétiques: la réunion a-dû avoir lieu vers la fin &u premier mois de la vie intra-utérine; 22 les viscères sont libres de toute adhé- rence ; une opération pratiquée dans le but de les désunir, présente les plus grandes chances.de succès. Quant à l’article de M. Virey intitulé, Nouvelles observ. de psychologie physiologique, sur les effets d’une association intime, Paris, in«8°, 1836 (article qui doit être inséré dans l’un des prochains cahiers de la Aevue médic.), il a poursujet, comme l'indique son titre, la question si importante de psychologie qui se rattache à l'union des deux Frères Siamois. L'auteur remarque expressément que les deux frères 2e pensent et n'agissent pas toujours,de la méme. manière. Je‘terminerai cette longue note sur les travaux dont Chang-Eng ont été les sujets, par l'indication des articles suivans dont les auteurs, sans avoir vu les Frères Siamois et par conséquent sans ajouter aucun fait nouvéau.à leur histoire , ont résumé plus ou moins habilement les observations publiées.avant eux: Pascauis, dans le Journal génér. de médecine ; 1. CIX , p. 321.—Jurta FONTEN ELLE, Wotice-sur les deux ju- meaux Siamoïs attachés ventre à ventre et sur Ritta-Christina, in-8°, Paris, 1829 ,avec pl. Cette notice, extraite en grande partie, du rapport de mon père, a aussi insérée dans la Revue médicale, numéro de no- vembre 1829. En outre, on.la trouve traduite dans les A#nali univers. di medicina , t. LIL, 1830, p.185, Bullerin des sc. médic., t, XX, p. 10 et suiv.; plusieurs extraits.— Arnalesdes sc. d'observation , t, III » P- 278. = Enfin, parmi les recueils allemands, Summarum der Neuesten aus der.gesamm. Medizin, t. 1, p. 201, 1830.

ne de

MONSTRES DOUBLES MONOMPHA LIENS. 95

À voir extérieurement un sternopage, on pourrait croire qu’ilse compose de deux individus conjoints l’un avec l’au- tre par les faces antérieures de leurs sternums , et dont cha- “un aurait d’ailleurs sa cavité thoracique distincte et ses vis- cères normalement disposés. Cette manière de concevoir la Slernopagie serait très-simple , mais complétement fausse. Dans la réalité, le sternum de chaque sujet est resté divisésur la ligne médiane, etses deux moitiés, comme les feuillets d’un livre largémént ouvert , ontété rejetées latéralement , et re- portées ainsi sur les flancs. LA , rencontrant les deux moitiés “semblablement disposées du sternum l’autre individu, élles se’sont réunies avec’elles; et de cette union résultent deux slernums latéraux et communs aux deux sujéts, du

. ‘reste régulièrement conformés. Les bras, les mamelons, ét

intérièurement les côtes, consérvent plus ou moins exacte- ment leur disposition ordinaife , par rapport à chacun des “deuxistérnums latéraux, et ainsi existent dèux parois tho- ‘raciques antérieures , offrant, sauf quelques différences de orme et de disposition , le même aspect que poitrine d’un ‘sujét normal, quoique formées pour moitié d’élémens ap- pirtenant à l'an et à l’autre des deux sujets composans.

De cette disposition résulte la fusion des deux cavités tho- -raciques en ue Seule mais très-vaste cavité , limitée par ‘quatre parois , savoir, deux costo-dorsäles diréctement 0p-

posées Tl’are à l’autre, deux ‘côstoslernales également op

‘posées entré elles. Les deux parois costo-dorsales sont l’une ‘ét l'autre formées , comme dans l’état normal, par lerachis et la portion postérieure des côtes d’un'seul ‘etimême indi- Vidu. Chacune d'elles appartient done en propre à l’un des Sujets composans , tandis que chacune des parois costo-ster- nales apparlient pour moitié, comme on l’a vu, aux deux

sujets composans à la fois.

Il suit également de cette même dispositionque, parmi

96 PARTIE I,

les organes thoraciques, ceux que leurs connexions ent avec le rachis et la portion postérieure des côtes, s’écartent peu de leur conformation normale; et tel est, en effet, le cas des poumons , qui sont au nombre de quatre , et ne pré- sentent rien de remarquable, Au contraire, la division du sternum en deux moitiés réjetées latéralement-et réciproque- ment soudées avec les deux moitiés du sternum de l’autre individu , entraîne nécessairement la modification grave dés organes de la région sternale , et spécialement du péricarde et du cœur. L'observation montre, en effet, que les deux péricardes sont confondus chez les sternopages en un unique et vaste péricarde, renfermant soit deux cœurs contigus, soit, et c’est le plus ordinaire, un double cœur , s'étendant de l’un des sternums à l’autre , et résultant manifestement de l’union plus ou moins intime des cœurs de l’un et de L’au- tre des sujets composans. Suivant le degré d’intensité-de l’anion, les deux cœurs communiquent entre eux par un plus ou moins grand nombre de leurs cavités ;:et ils peuvent ainsi offrir plusieurs dispositions assez différentes : mais dans tous les cas l’union se fait sur la ligne médiane , et elle se fait entre les faces similaires des deux organes, l’un d’eux étant transposé comme dans les cas d’hétérotaxie, La: dis- position des viscères thoraciques tend ainsi à être parfaite- ment symétrique, par rapport à l’axe d'union. Toutefois elle ne l’est pas toujours, parce que les deux cœurs sont.quel- quefois très-inésaux, et peuvent présenter, de même.que les gros troncs artériels et veineux, des anomalies quine se répètent point d'un côté à l’autre (1). | Le thorax est séparé de l’abdomen:par un double dia- phragme, au dessous duquel est placé un foie également (x) Voyez surtout comme exemple, le cas d'Uccezrr, Storia anat. di due gemelle mostruose dans les Memorie della Soc, italiana , à, XE, p. 123, avec planches.

MONSTRES DOURLRS MONOMPHALIENS. | 97 double, très-volumineux, ayant deux vésicules biliaires, F: s'étendant de l’une des parois abdominales à l’autre, comme, : dans le thorax , le double cœur s’étend d’un sternum à l’au- ;

LR tre, Ce double diaphragme est toujours plus ou MOINS EXAC- ne tement symétrique, l’une de ses moitiés s'étant transposée, Lx LL. Comme l’un des cœurs. De même , la ligne médiane du dou

| ble foie, comprise dans l’axe général d'union, correspond H au ligament suspenseur , ek sa portion inférieure est inter- posée entre les deux estomacs, disposés symétriquement , et les deux rates de l’un et l’autre sujet composant. Ges viscè- res, aussi bien que les intestins et les autres organes abdo- Minaux, sont transposés du même côté que le sont aussi le cœur et le foie. L’un des sujets composans se trouve ainsi af fecté d’une inversion splanchnique complète ou presque complète , et c’est par suite de cette anomalie que l'être double se trouve plus ou moins régulièrement symétrique, par rapport à l’axe d'union.

sit Cette monstruosité , sans être commune , n’est point EX _ trêmement rare, J’en connais plusieurs cas chez l’homme,

soit par mes propres observations (1), soit surtout par les 1 | publications des auteurs (2) ; etelle n’est pas sans exemples

53 | ar

(1) Parmi les sternopages que j'ai examinés, il s’en est trouvé un chez lequel la monstruosité principale était compliquée de deux ano- malies, savoir, une exomphale commune aux deux s et la duplicité du pouce à l’une des quatre mains,

(2) Ontre les auteurs déjà cités, voyez: de causä partüs monstrosi, in-40

ujets composans,

Kurswer, Disput. physica » 1684, Marburgi Cattorum , avec une fi- gure très-imparfaite. L'auteur, au lieu de décrire le monstre qui fait le Sujet de sa dissertation, la remplit de remarques génér

ales vagues et sans intérêt : aussi n’est-ce qu'avec doute que je place ici ce cas. Peut-être aPpartientil au genre précédent. Lawzowr, dans les Ephem. nat. cur., déc. ILE, ann. 1 , Obs. 111, avec figure. Ssmonrus, dans le Commer-

| cum luter, Norimbergæ, ann, 1731, p. 338. DEAUSSIER , Sur deux en-

PARTIE HIT.

chez les animaux. Morand et Daubenton (1) l'ont observée chez un faon de cérf; et l’on doit à Lecat (2) la figure ét la description d’un cas analogue chez le veau.

fl est remarquable que, parmi les sternopages connus, il n’en est aucun qui ne Soit mort-né, ou mort très-peu d’instans après sa naissance. Leur non-viabilité s'explique très-naturellement par communauté de leur cœur , formé de deux organes trop intimement unis pour fonctionnér in- dépendamment l'un l’autre, et en même temps trop complexes pour agir comme un seul cœur, et imprimer au sang dés deux sujets composans un mouvement unique , et. par conséquent harmonique.

Genre IV. Ecrorace, Æctopages.

En décrivant la sternopagie , J'ai presque décrit à l’a- vance ce quatrième genre, qui n’est en quelque sorte qu’une

fans joiats ensemble, dans l’anc. Journ. de médec., chir., pharm., t. XXXIV, ann. 1770, P. 9: Sujet bi-mâle: L'un des individus composans ne donna aucun sigue de vie; l’autre, si l’on doit en croire l’auteur, vécut assez pour qu'on pût le porter à l'église, Samir, dans l'Zsis, ann, 1826, neuvième cahier , p. 1057, et, par extrait, dans le Bullet, des se. médic., t. XI, p. 1133 embryons doubles nés dans le cours du troisième mois. L'auteur ne les décrit malheureusement que d’une manière irès-imparfaite, et la figure très-médiocre qu’il a jointe à sa note, ne suppléepas aux lacunes de sa description. Peut-être faut-il placer ici les jumelles de Brest , succinctement indiquées dans l’Hist, de l’ Acad. des sciences pour 1702 ,2p. 27, et citées depuis par un grand nombre d'auteurs. | “+ (x) Voyez MoranD, dans l'Hisé. de l'Acad. des Sciences pour 1747, ‘p. 23. Dausenron, dans l'Hist. naturelle de Buffon, t. VI, p. 140 et 141. Le faon sternopage de Morand et de Daubenton à été men- tionné d’après’eux par un gratd nombre d'auteurs, et il à été figuré art REGNAULT , Ecarts de la nature, pl. 32. (2) Voyez An account of double fœtus’s of Calves, dans les Philos, Trans “sact, 1748 t, XLV, numéro 489, p. 497 ; avec planches,

F dE”, SE | <?. | * 2 : a

MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 99

< simple modification du précédent. Une seule différence im- Portanie, d'où découlent, il est vrai, plusieurs autres difléren- ces secondaires , caractérise en effet l’ectopagie : c’est l’iné- galité des deux parois thoraciques, ou plûs exactement , des deux parois costo-sternales du double thorax. Ces parois sont, chez les ectopages comme chez les sternopages , Communes aux deux individus composans, et directement Opposées l’une à l’autre. Mais, tandis que l’une est aussi étendue et , à la considérer en elle-même , aussi bien con- formée que dans l’état normal, l'autre est moins dévelop- à _ pée et imparfaite. Les faits me manquent pour établir avee _ certitude (1} jusqu’à quel point peut être portée l’atrophie du sternum et des côtes de la plus petite des parois thora- -ciques ; mais, de quelque manière et à quelque degré qu’elle | ait lieu, elle amène une position relative des deux sujets, très-différente de celle que nous venons de voir dans la sternopagie. Au lieu d’être opposés face à face, ils sont pla- cés à peu près à angle droit, ayant tous deux la face tour- née du côté de la plus grande paroi thoracique. Les ra- chis, peuéloignés de l’autre côté, sont postérieurs par rap- port à l’être double tout entier, comme par rapport à chacun des individus composans. Enfin sur les quatre bras, deux, placés aux deux côtés de la grande paroïthoracique , offrent

(x) El est toutefois extrêmement probable que le sternum du petit côté SN peut disparaitre tout-à-fait ou n'être plus représenté que partiellement et par de simples rudimens. Cette disposition aurait pour conséquence la réunion directe des côtes entre elles par léurs extrémités; mode de réunion quenous aurons par la suite à constater dans quelques gen- res. Leroy a publié dans Panc. Journ. de méd. , chir, pharm., 1. L. p. 436, ann. 1778, un cas Qui pourrait même servir dès à présent - d'exemple d'une telle disposition chez un ectopage, si la description cet auteur , excellente dans plusieurs parties , ne laissait beaucoup ui désirer précisément en ce qui concerne le mode et l'étendue de l'union des thorax. 1 SE

| » M AN 41

au LUI t À

100 PARTIE TII,

la disposition normale , et sont semblables entre eux 5 quoi- que n’appartenant point au même individu ; les deux autres, au contraire , placés postérieurement , et ordinairement plus petits ou plus grêles que les autres, sont très-rapprochés l'un de l’autre. Quelquefois même les deux bras postérieurs sont portés au contact sur la ligne médiane , et il leur ar- rive alors de se souder entre eux : de un double bras ap- partenant pour moitié à l’un et à l’auire des individus com- posans , mais dont la composition est d’ailleurs très-régu- Jière et la forme irès-symétrique, chaque partie allant se joindre à son homologue sur l'axe général d'union. Tel était le cas d’un monstre figuré par Regnault (1), et dont la dou- ble poitrine portait trois bras, deux latéraux , conformés et disposés normalement , l’autre. médian et postérieur , ter- miné par neuf doigts, savoir, quatre doigts normaux de chaque côté, et un pouce manifestement double, divisé par V’axe d'union en deux parties parfaitement égales,

(x) Loc. cit. L'auteur donne de cet eclopage remarquable une assez bonne figure (reproduite dans cet ouvrage, pl. XIV); mais il ne le décrit que d’une manière excessivement succincte et vague. Re- gnault dit cependant positivement qu’il existait deux cœurs et deux foies : faits dont le dernier surtout serait très-exceptionnel et très-re- marquable, si l'on pouvait accorder quelque confiance au témoignage d’un auteur aussi complétement étranger à la science que l'était cet artiste, 7 Depuis la rédaction de ce chapitre, j'ai moi-même observé Un eClopage à trois bras seulement. Le troisième bras, ou le posté- rieur, élait même beaucoup plus imparfait que dans l'ectopage de Re- gnault: Car il ne se composait à l'extérieur que d’un avant-bras très- court et d’une main à quatre doigts. Mais ce qui rend ce cas beaucoup plus remarquable encore » C’est que, le sujet gauche étant très-réoulier, le droit avait ses deux membres inférieurs réunis jusqu'aux Métatarses, Chaque pied se trouvait renversé et soudé par le bord qui eût être externe. Enfin, les organes sexuels étaient très-imparfaits, La symélie, avec tous ses caractères essentiels, se trouvait donc ici compliquer l'ectopagie; et cependant, fait remarquable, le sujet qui a présenté

MONSTRES DOURLES MONOMPHALIENS. 101

Les ectopages diffèrent moins encore des sternopages par leur Organisation interne que par leur conformation exté- Mure, [ls ont de même un double thorax, renfermant quatre Poumons (1), et entre eux , un double cœur (2), qu’un dia-

réunies ces deux monstruosités, a vécu vingt-quatre heures, et se trouve être celui de tous les ectopages dont la vie s’est le plus pro- longée. * | re - (4) I n’est pas impossible que, das certains cas, les deux poumons , placés postérieurement, se réunissent, de. même que le font, rarement il est vrai, les deux bras postérieurs. Quelques auteurs semblent même avoir observé cette disposition ; mais ils l'indiquent très-vague- MEET ZT) fe Fi 19 El

(2) Ou peut-être , dans quelques cas, deux cœurs contigus, Sans par- ler ici d’un cas à Parsons et cité plus bas, je trouve l'existence de

deux cœurs mentionnée très-explicitement chez un ectopage (mais non

établie par une description ou par des détails authentiques ), dans une brochure de quelques pages, intitulée : le Pourtrait des enfans tüimeau# envoyés av roi, petit in-4°, Paris, 1570. Le monstre sujet detelte ob- servation, naquit en 1569 dans le Forez, et vécut quelques instans, La dissection fut faite par Jacques Roy ; mais l’auteur n’en fait point

_Connaître-les détails, et les remplace par trois sonnets et une épi-

£ramme antithésique, Wop curieuse par sa bizarrerie pour que je n’en

cite pas au moins quelques passages. En voici Les premiers vers :

S'entr'accolans vous voyez ces iumeaux, Ayans vn corps, deux-cœurs et deux cerueaux,; © L’vn præmourant, sans baptisme , est vaincu, À qui l’autre a baptisé suruescu.. O spectateurs, sont deux religions, 5 . La Catholique, et l'Huguenotte aussi, ete,

\ }

L'auteur termine ainsi : : de : e ; : ‘k Coûclurre fault, que malgré la cañaille : Des Huguenots et leur rébellion ,

Leur naissante et faulse religion Succombera bien tost ; et quoy qu’il tarde, . Luy dénnera l'église la nazarde, |

© Pour l’enuoyeraux diables infernaulx,

Voilà le sens prolgnostic des iumeaux,

1

102 PARTIE IT,

phragme unique , mals très-vasle, sépare des viscères ab- dominaux. Ceux-ci sont généralement disposés comme dans Je genre précédent, le foie étant unique et interposé entre les estomacs distincts, au moins dans le plus grand nombre des cas , et entre les rates des deux sujets composans, Quant aux deux intestins grêles, on connaît des cas (1) ils étaient réunis et confondus en un seul dans une parte de leur étendue , les gros intestins étant au contraire constam- ment séparés l’un de l’autre. Cette disposition peut-elle être observée de même chez les sternopages ? Ou bien äppartient- elle en propre aux ectopages, chez lesquels elle s'explique: rait naturellement par le développement plus imparfait de lan des côtés du corps, par le resserrement plus marqué de la double cavité abdominale , et par l'intimité plus grande de la réunion des deux sujets composans? La comparaison d’un grand nombre de faits peut seule permettre de résou- dre cette question; et présentement la science est loin de les offrir.

(x) Voyez Maurrcer HorFmann, De monstro gemello, dans les Ephem. nat. eur, , dec, IT, ann. 4, obs. 152, avec 3 planches, p. 223 et p. 289. ALBREGUT, De fœtu humano bicipiti ét bicorporeo, dans les Nov, act. nat. cur,, 1761, t. Il, obs. 73, p. 252.— Dans ces deux cas, les deux intestins grêles se réunissaient très-près des estomacs, et se séparaient à quelque distance du cœcwm. Ilsne présentaient d’ailleurs rien de re- marquable dans le cas d'Hoffmann; mais dans celui d’Albrecht, la sé- paration était précédée d’une dilatation considérable que l'auteur compare à un troisième estomac {eztensum in figuram ventriculi tertii). Cette disposition anomale est très-rare : néanmoins l'exemple qu'a recueilli Albrecht west point le seul que l’on connaisse. PARSONS a observé et figuré une semblable dilatation chez um ectopage que sa descriplion nous représente d'ailleurs comme assez différent de la plu part des monstres de ce genre, et notamment Comme ayant deux cœurs. Voyez 4 Letter containing ah account of & preternatural conjunction of wo female children, dans les Philos, Trans; 1748, t, XLV , 480, avec pl.

| MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 109

de ne connais ; en effet, qu'un assez petit nombre de

? .. A £ > * » à É

cas d’ectopagie , tous présentés par l’espèce humaine (2): , = es à à ss ES

A l'exception d’un cas que j'ai moi-même recueilli (a), et

peut-être (3) de deuxautres très-anciennemen tconnus, la vie

(x) Outre les cas déjà cités et ceux que rapportent Paré, OEuvres ,

éd. de 1633, p. 755 et p. 763 (deux cas vaguement indiqués et peu

authentiques ); Scxexéxius, Monstr. Historia, Francl., 1609, p.72;

br, et les autres tératologues anciens: J’oyez: Greisez, De ana-

tome monstri gemellorum hum. , dans les Ephem. nat. cur., dec. Ï, ann. r,

obs. 55, p. 132, avec pl. Bzrsoner , De gemellis usque ad umbäl. con-

cretis, ibid., dec. IV , cent. 3 et 4, append. p. 27. Dans ce cas , la

disposition de l'estomac parait avoir présenté quelques particularités,

des signes non équivoques de vie furent donnés après la naissance,

et on eut même le temps de baptiser les deux têtes. Ro. Tayror,

Letter conc. a monstrous Birth, dans les Philos. Transact.,t. XXV, p. 2345; simple et vague indication.—W. Dunsron, 4 narrative of a monstrous Birth; ibid. , t LXV, p. 2006, et dans la Collect. acad. érrang.,%. 1, p. 288, avec planche. Sarrzaann, De fœtu monstroso -bicorporeo , dans les 4er. nat. cur., t. IV, 1737, obs. 63, p. 232, ayec pl Harrer, Descriptio fœtus bicipitis ad pectora connati, in-4°, Hanovre, 1739, avec planches. Cette excellente dissertation a été réimprimée presque en entier dans les Opera minora , t. IL, Traité De monstris P- 98. Branomr, Soria del mostro di due corpi, Turin, inc? , 1749»

fig. x.—Duwoncrau, Rapport d'un aceouch. monstrueux dansl'anc,Journ..

de médec,, chir., pharm. , t. XXVIITL, ann. 1768, p. b22. L'auteur n'in- dique que deux poumons , sans doute les deux grands poumons an-

térieurs. À (2) Celui de l’ectopage symélien cité plus, haut, p. 100, note.

-_{3) Seuxrer, Arinamentarium chirurgicum , ed., in-80, d’Amsterda va à 1741, mentionne; t. L, p. 139, un monstre qui, par l’ensemble de sa conformation, a au moinsde:très-grands rapports avec les eclopages, et qui aurait vécu vingt-quatre heures. Mais on ne peut compter que pour bien peu de chose le témoignage de cet auteur , dont la des- eription, très-vague et incomplète , est en désaccord , même sur des points très-importans, avec la figure qui y est jointe. Il est à Témarquer que ce cas est un de ces exemples douteux, contredits par tous les faits aüthentiques, d'union entre deux sujets de sexe différent.

Payez encore dans les Philos, Transact. II, la vague indication

7

æ nn

104 PARTIE IIL ne s’est prolongée que très-peu de temps après la naissance,

‘la fusion dés deux cœurs étant sans doute ici, comme dans le genre précédent, la cause de la non-viabilité (1).

Genre V. Hémirace , Hemipages.

Ge genre , beaucoup plus rare que les précédens, est du petit nombre de ceux que je crois devoir comprendre dans la classification et dénommer dès à présent, sans les avoir vus par moi-même. Aux élémens divers que la science pos- sédait déjà depuis long-temps pour son établissement, Bar- Kow (2) vient en effet d'ajouter, par la publication d’une bonne description et d’une excellente figure, des notions très- précises, après lesquelles ilreste beaucoup à faire sans doute pour compléter l'histoire anatomique et physiologique de l'hémipagie, mais plus rien pour en démontrer l'authenticité.

Les conditions caractériques de ce genre sont au reste fa- ciles à comprendre et, au besoin même, à prévoir à l’a- vance, une fois du moins que l’on s’est rendu un compte exact des genres précédens. L’ectopagie explique l'hémi- pagie, comme elle-même est expliquée par la sternopagie, Ici, en effet, comme chez les ectopages, nous retrouvons

d'un monstre double qui a assez vécu pour être baptisé, mais que l’on ne peut rapporter qu'avec beaucoup de doute au genre ectopage.

(x) Rémarquons toutefois que la non-viabilité des ectopages, et même des Sternopages, ne doit pas être déclarée d’une manière géné- rale. Deux Cœurs indépendans l’un de l’autre peuvent, en effet, se trou- ver réunis dans le même péricarde, ou même renfermés séparément dans deux péricardes contigus, Nous verrons cette hypothèse confir- mée’, indépendamment de quelques faits cités plus haut ; par plusieurs cas analogues et authentiques offerts par d’autres genres de monstres doubles.

(2) Loc. cit., p. 8, pl. IL. Le même auteur décrit, ibid, D 3%; pl. V, VIet VIT, un agneau double très-curieux, type peut-être d’un autre genre à établir à la fin des monomphaliens.

CL.

| MONSTRES DOUBLES MONOMPHALIENS. 405 deux corps unis par les thorax et à deux parois thoraciques opposées et très-inégales, dont chacune appartient pour

Moilié aux deux sujets composans : mais il y a cette diffé- Tence, essentiellement génériqué, que l’union s'étend, non

seulement jusqu’au haut des poitrines, mais jusqu’aux deux bouches, confondues en une seule et même cavité. En d’au- tres termes, les deux faces dans leur portion inférieure, et les deux cous se conjoignent antérieurement, mai sobliquement, comme le font les deux poitrines, et comme aussi les deux abdomens dans leur région supérieure ; tandis quechaquesu- jet conserve distincts et séparés la partie supérieure de sa face et son crâne tout entier, aussi bien que la portion in- férieure de son abdomen. |

Le genre que caractérise ce mode si remarquable d’u- nion, appartient évidemment à Ja première tribu des monstres doubles, puisqu'il y a encore séparation des deux sujets composans à la fois à leur extrémité supérieure et à leur extrémité inférieure. Mais en même temps il n’est pas moins évident qu'ils forment, sinon le dernier terme possible de cette série, au moins l’un des derniers que l’on puisse concevoir : car quelques degrés de plus dans l’u-

nion, et, l'extrémité supérieure de l'être cessant d’être dou-

ble, c'est une monstruosité double sycéphalique qui se trou-

| verait réalisée.

L'organisation internese trouve dans l’hémipagie, comme

_ dans toute autre monstruosité, parfaitement en rapport avec Ja disposition externe. Ghez le sujet qui est le type prin- _ cipal de ce genre, Barkow a trouvé les élémens presque

entièrement complets, mais en très-grande partie con- fondus, de deux sujets. Entre deux colonnes vertébra- les séparées dans toute leur étendue, se trouvaient inter-

posés Supérieurement deux sternums inégaux, et quatre

rangs de côtes, disposées comme dans l’ectopagie. Au des- ee > |

106 -.. PARTIE LH,

sus d’un double diaphragme , incomplet postérieurement , il existait quatre poumons , dont deux postérieurs nécessai- rement très-petits, quoique l’auteur ne le dise pas, et deux cœurs distincts, mais inégaux en volume etren développe- ment. Les deux trachées étaient distinctes; mais il n’existait qu'un seul œsophage, et de même un seul estomac, un seul duodénum, même encore un seul jéjunum , et un seul pancréas. Au contraire, on trouva, dit Barkow, non seule- ment deux rates, mais aussi deux foies distincts.

Lesujet de ces observations est un enfant double, bi-mâle, qui appartient à la riche collectiontératologique de Berlin (1),

(1) C'est très-probablement un autre cas d’hémipagie, qu'un ana- tomiste allemand du dix-huitième siècle, Hanvuxce, a observé et dé- crit ( sous ce titre: De monstro gemello) dans les Acta nat. curtos., t. EV: 1737 ; obs.761, p. 297. Le monstre double de Hartung était, en effet, comme celui de Barkow , composé de deux sujets réunis depuis la mâ- choire inférieure jusqu’à l’ombilic, à bouche commune, à intestins en partie réunis, à cœurs et à foies distincts. L'auteur indique, il est vrai, deux ombilics; mais tous les détails de son observation contredisent l'existence de cette disposition. Peut.être est-ce encore un cas ana- logue qu'a indiqué GRanDr, Lettre, dans les Philos. Transact., LVIIT ; voyez aussi la Collect, acad. étrangère, 1. IL, p. 251. La réunion s’étendait jusqu’au menton, et les deux sujets composans semblaient s’entre- baïser.—MuraALT, De monstro ovillo, dans les Ephem. nat. cur,, dec. I, ann. 1 (1682), obs. 45, paraît aussi avoir observé un cas analogue chez un agneau bi-femelle. « Duæ femelle oville , dit-il , se invicem am- plectentes ab -umbilico ad maxillam inferiorem usque coaluerunt…. Labium et mailla inferior utriusque arimalculi aded fortiter cohærebant , ut unicum orts hiatum formärens. » Un autre exemple encore, et l’authenticité de celui-ci ne peut être révoquée en doute, a été tout récemment décrit et figuré, aussi chez de mouton, par Gurzr, sous le nom d’Octopus synapheocephalus ; voyez Lehrbuch der Anat. der Haus-Sœuge- thiere, part.Îl, p. 806, et atlas, pl. XIV. Enfin, j'ai sous les yeux la figure d’un cochon double monomphalien , composé de deux fœtus réunis face à face. depuis lombilic, qui ici est très-certainement commun, jusque dans la région maxillaire. Malheureusement la figure est trop impärfaite pour que Je mode d'union puisse être dé-

MONSTRES DOUBLES MONOWPHALTENS. 107 L’auteur ne nous apprend pas , sans donte parce qu'il l'igno-

Trait, si cet être double, si iremarquable, est mott-né, s di

a donné des signes de vie; mais quelques détails de l’obser- vation permettent d'affirmer que, s’il a survécu à sa nais- sance, ce n’a été tout au plus je de quelques instans (1).

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terminé d'après elle avec précision; mais elle indiqué d’uve manière

positive, sinon un véritable hémipage, au moins un us très-

voisin.

(x) Outre les monstres monomphaliens déjà cités, et en laissant de côté un grand nombre de cas qui ne sont que vaguement indiqués, il en resteencore plusieurs que l’on ne peut rapporter à aucun des gen- res précédens , soit que les descriptions ou les figures qui en ont été données ne suffisent pas à leur détermination, soit qu’ils diffèrent en effet génériquement. Voyez entre autres is Lettre au sujet d'un

monstre singulier dans Obser val. périodiques sur la physique, par Gautier,

in-/°, Paris, acût 1756, p. 108, pl. V; sujet bi-femelle, ayant, dit l'auteur, une tête d'européen et une tête de nègre. Une grande partie des détails

de l'observation indiquent un xiphopage ; mais d’autres semblent con-

tredire cette détermination.—Ricaanp, Descr, de deux enfans unis en- semble, dans l’anc. Journ, de méd., chir. , pharm., ann. 1773 ,t. XXXUII, p. 4oÿ; sujet bi-femelle dont l’organisation a beaucoup de rapport avec celle des ectopages: mais l'union commence, dit l’auteur, au dessous des oreülles et des méchoires inférieures, par la peau du col en devant. Box, Sioria d'un feto anostroso, dans les Annali univers. di médicina, t LXXT, p. 257s aun. 1834: encore un sujet bi- femelle voisin des ectopages, mais à deux bras seulement. La dissection n’a pas été faite: peut-être,